Don't forget me

Don’t forget me

Ram Nehari vient de la télévision où il a réalisé plusieurs épisodes de séries télévisées et un téléfilm. DON’T FORGET ME est son premier long-métrage de cinéma, qu’il n’a pourtant pas écrit. Le scénario est signé Nitai Gvirtz, l’acteur principal du film. Il ne faut donc pas se leurrer, il s’agit d’un film à sujet, et non d’un film qui a une proposition esthétique/cinématographique à apporter. Cela n’enlève pas toute la bonne intention et l’intérêt du film, mais il sera difficile de s’en souvenir pour sa forme, tant son sujet prend de la place. Avec très peu de mouvements de caméra, le cadre en grande majorité fixe et posé, c’est pour mieux laisser le sujet et le scénario se dérouler. Heureusement, la narration arrive à se glisser hors des schémas de la narration télévisuelle que l’on connaît par les séries. Même si le début y plonge complètement, en faisant des allers-retours entre les deux protagonistes, le scénario propose d’unir les deux récits pour n’en faire qu’un seul.

DON’T FORGET ME n’est absolument pas un film comique, loufoque, décalé, etc. C’est un sujet très sérieux, traité par le prisme de la mélancolie et de la gravité. Sauf que le long-métrage propose essentiellement des plans fixes, et quelques mouvements pour suivre certains déplacements des acteur-rice-s. C’est bien trop monotone et commun pour surprendre, pour sortir du lot. A cause de cela, l’ambiance et la mise en scène ne peuvent pas créer de rythme, car toujours suspendues à cause des plans fixes. Alors que le film tente d’insuffler de l’espoir à ses personnages, Ram Nehari n’arrive pas à faire ressortir cet espoir. A cause des nombreux plans fixes, DON’T FORGET ME ne progresse pas et stagne dans une mise en scène mélancolique. Toutefois, le mélange de mélancolie et de gravité du sujet ne peut laisser indifférent. Avec une petite touche de légèreté bienveillante pour ses personnages (un peu d’ironie et de tendresse parfois), Ram Nehari fait de ses plans fixes des plans serrés, et crée une sorte d’étau permanent autour de ses protagonistes. Des personnages en marge de la société, dont la vie est mise sur pause, enfermés dans une condition émotionnelle défavorable.

Après l’introduction des personnages, le film les « libère » et les sort de leur enfermement émotionnel. Les deux protagonistes Neil et Tom se trouvent, et se mettent à rêver de liberté ensemble. Un voyage au coeur de la nuit, qui leur permet de rêver. Les plans s’ouvrent, deviennent plus larges, et les personnages se dirigent enfin vers l’horizon en quête d’espoir. Cette nuit est le moment de tous les possibles, d’échapper à une réalité émotionnellement dure / cruelle. Les couleurs se multiplient, deviennent plus chaudes lorsque les attitudes se relâchent, afin de projeter formellement l’espoir rêveur des protagonistes. DON’T FORGET ME est un film qui met très bien en scène ses espaces, qui jouent tous un rôle unique : que ce soit une forme de prison émotionnelle, une illusion familiale, une libération sensorielle, et un rêve qui contient des frontières. Parce qu’en effet, DON’T FORGET ME n’oublie pas quelque chose : le film permet une nuit de rêve et de liberté à ses personnages mais avec en rappelant que cela est en dehors de la réalité. Le réel est en hors-champ, toujours menaçant de revenir à la charge, même si ce hors-champ est bien trop mis en scène sans laisser de place à la suggestion. Ram Nehari filme et met en scène une parenthèse rêveuse, où l’amour vient apporter l’espoir de liberté, mais n’arrive pas à sortir de son contexte grave.


DON’T FORGET ME
Réalisé par Ram Nehari
Scénario de Nitai Gvirtz
Avec Nitai Gvirtz, Moon Shavit, Eilam Wolman, Rona Lipaz-Michael, Lev Keret, Tal Berkovich, Carmel Beto, Tom Yaar
Israël, France, Allemagne
1h23
30 Janvier 2019

2.5 / 5

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