De Gaulle

De Gaulle

Il est logique de voir un biopic sur Charles De Gaulle se concentrer sur une période limitée de sa vie, tant celle-ci fut composée d’événements marquants dans l’Histoire de la France. Il est donc évidemment impossible de tout faire contenir dans un seul film. Mais est-ce pour autant qu’un semi-biopic sur De Gaulle est nécessaire ? Quand le film est intitulé uniquement du nom de famille de la figure, c’est déjà un premier signe d’alerte. Celle qui suggère un film qui ne va pas raconter l’homme mais qui raconte l’icône et ce qui l’entoure. Lambert Wilson n’incarne pas Charles De Gaulle, il mime une silhouette qui ressemble à Charles De Gaulle. Dès lors, toute la mise en scène et le cadre ne regardent que trop rarement l’homme qui est sous le costume. Ici, le général n’est juste qu’une silhouette avec une fameuse moustache, sa célèbre casquette, sa droiture statuesque, etc. Mais rien de bien nouveau, puisqu’au final, DE GAULLE reste un film pédagogique et illustratif, tout comme chaque personnage secondaire important (Reynaud, Pétain, Churchill). Dans cette illustration pédagogique, le film a tendance à donner une leçon d’Histoire très binaire, à toujours chercher à opposer la bonne action à la mauvaise action, à opposer les idées héroïques aux idées défaitistes. Tout cela pour constamment chercher à embellir la figure De Gaulle. Ce n’est donc évidemment pas l’homme qui est étudié dans son rapport au pays qu’il chérit tant, c’est l’icône héroïque qui est recherchée.

Dans une réplique, Lambert Wilson parle de la puissance des mots. On pourrait donc résumer le film DE GAULLE ainsi : la force de la parole avec la faiblesse des images. Les faits historiques sont parfaitement relatés, dans leur plus grande exactitude. Le travail de recherche et de documentation est minutieux et respectable. Mais en quoi ce film a t-il davantage de valeur qu’un bouquin d’histoire de collège ou lycée ? Parce que lorsqu’il s’agit de filmer l’Histoire, de filmer Charles De Gaulle, le cinéaste Gabriel Le Bomin n’apporte absolument rien. Lorsqu’il s’agir de mettre en scène et formaliser les moments marquants de l’Histoire (donc des négociations, des réunions, des discussions entre gouvernement, etc…), la caméra n’est pas très inspirée en dehors de la pure reconstitution avec beaucoup de contre-plongées (la figure héroïque, voyons). Même la scène qui met en scène et filme le célèbre discours du 18 Juin 1940 à la radio de la BBC n’a aucune saveur : un champ / contre-champ qui supprime toute la puissance du geste, surtout quand le scénario ne prend même pas le temps de s’y attarder – le discours est rapidement expédié. Alors que tout le début du film essaie de construire le chemin vers ce discours, dès que le moment est venu, tout semble terriblement anecdotique.

Parce que DE GAULLE de Gabriel Le Bomin est le premier film à raconter l’histoire et à filmer frontalement la figure du général, alors le geste était au départ intriguant. Sauf que, la force de la parole et la faiblesse des images font que ce long-métrage continue sur une lancée spécifique : le cinéma français ne sait pas quoi faire avec la figure du général De Gaulle, comme s’il est trop intimidant pour être fictionnalisé, à tel point qu’on ne peut l’approcher que frontalement dans sa stature d’héros éternel. Alors le long-métrage se contente d’embellir sa présence, ses attitudes, de toujours l’écarter légèrement de tout ce qui l’entoure (que ce soit par le cadre ou par la mise en scène), pour bien montrer qu’il est le héros. À cause d’un tel geste de soumission à une figure historique, DE GAULLE a trop peu d’ambition artistique. Alors même si le travail autour des costumes et de la scénographie est à saluer pour sa précision et son soucis du détail, tout ce qui concerne le cadre et la photographie ne révèle rien de la figure De Gaulle et absolument rien de l’époque. Il est dingue de voir un film historique qui n’arrive pas du tout à s’emparer de l’ambiance de l’époque dans laquelle il s’inscrit. Tout ce qui concerne la Seconde Guerre Mondiale est dans les mots, dans l’évocation. Filmer De Gaulle, dans ce film, revient à isoler constamment les figures politiques pour les illustrer dans une bulle.

Alors que les seuls moments où la Seconde Guerre Mondiale, et surtout l’ennemi, apparaît furtivement sont lorsque le film se concentre sur la famille de Charles De Gaulle. Le parcours de Yvonne De Gaulle et de ses enfants, fait de nombreux mouvements, est intéressant et touchant car il explore une solitude impuissante. Le cadre y montre un besoin d’ailleurs (et non pas une envie, car il s’agit d’une nécessité) sous forme d’urgence. Il y a l’angoisse qui approche dans des horizons qui perdent de la lumière naturelle. Il faut voir comment les personnages d’Yvonne et ses enfants commencent dans leur propriété ensoleillée pour se diriger petit à petit vers la noirceur et finir dans la lumière artificielle où ils retrouvent Charles De Gaulle à Londres. DE GAULLE est uniquement intéressant lorsqu’il parle de la famille de Charles De Gaulle qu’il a laissé en France, lorsqu’il capte une famille qui finit par se fondre dans la masse de français-e-s angoissés en train de fuir vers l’inconnu. Il est juste dommage que l’ambition s’arrête à en faire seulement un geste mélodramatique pour souligner une idée du sacrifice fait par Charles De Gaulle. Ce que le film arrive à reconstituer factuellement dans la parole, se refuse presque d’essayer de le formaliser dans les images.


DE GAULLE ; Dirigé par Gabriel Le Bomin ; Scénario de Gabriel Le Bomin et Valérie Ranson Enguiale ; Avec Lambert Wilson, Isabelle Carré, Olivier Gourmet, Catherine Mouchet, Pierre Hancisse, Sophie Quinton, Gilles Cohen, Philippe Laudenbach, Tim Hudson ; France ; 1h49 ; Distribué par SND ; 4 Mars 2020.