Daniel Darc, pieces of my life

Daniel Darc, pieces of my life

La rencontre entre Marc Dufaud et Daniel Darc a eu lieu en 1991. Depuis, le cinéaste a beaucoup filmé le chanteur de Taxi-Girl. Si bien que DANIEL DARC, PIECES OF MY LIFE est le troisième film du cinéaste avec le chanteur, avec la participation de Thierry Villeneuve à la réalisation. Pourquoi en refaire un ? Très bonne question. Le problème est que si Daniel Darc n’est pas connu de tout le monde, les spectateur-rice-s qui ne sont pas fans auront du mal à trouver de l’intérêt à ce film. Parce que le documentaire est très personnel, très intime, beaucoup trop centré sur Daniel Darc : ce qu’on pourrait nommer un « documentaire amical », un film d’amitié auquel nous ne pouvons pas participer, malgré les efforts de capter l’intime. Pourtant, le montage ressemble à un portrait éclaté et fragile de Daniel Darc, mais sans vraiment sortir de l’hommage amical.

Le documentaire est un film d’amitié donc, qui s’attarde sur cette relation intime entre Daniel Darc et Marc Dufaud, sans aller bien plus loin que la parole et que les faits. Certes le film n’est pas un portrait traditionnel, ce n’est pas non plus un biopic au sens ordinaire du terme. Toutefois, au-delà des paroles, le montage tente parfois de suggérer une époque (les années 80), tente de peindre Paris entre deux époques (années 90 et maintenant), tente de réfléchir sur le rock et sur le cinéma. Mais tou-te-s ces sujets et ces réflexions sont bien trop effacé-e-s au profit de la parole. L’accent est tellement mis sur l’intimité de l’amitié, que les images ne connectent jamais le portrait de Daniel Darc avec l’environnement qui l’entoure. Un environnement composé de deux univers : le premier est celui dans lequel il vit, avec le rock, l’esprit punk, un mode vie « extrémiste » et « auto-destructeur ». On n’y voit seulement que quelques détails (la drogue, l’errance, etc…) sans que les images ne construisent cet univers devant nos yeux. Cet univers semble imaginaire. Tout comme le second univers de l’environnement de Daniel Darc, celui constitué par la société hors-champ, par la société de consommation, par le monde de la musique qu’il a quitté, etc… Mais ça ne reste que des évocations parmi quelques dialogues, ça ne reste que hors-champ. Les images ne montrent jamais cette distance, elles ne montrent pas un isolement mais seulement un mode vie quotidien.

Fort dommage, car le montage et l’esthétique (essentiellement du matériel tourné dans les années 90) forment un portrait à l’image de la personnalité de Daniel Darc. Sans chronologie mais en utilisant un montage par thématiques (qui ne sont modélisées que par la parole, et non par l’image), le documentaire possède quand même un geste respectueux et attentif à la figure de Daniel Darc. Parce que même si son environnement n’est pas assez développé à l’image, le documentaire reste un film à propos de Daniel Darc. L’essentiel est donc là : souvent émouvant, le documentaire montre un homme et un artiste qui hantent chaque espace de leur présence. Fort et fragile à la fois, Daniel Darc apparaît comme un fantôme, celui d’un homme combiné à celui d’un artiste, qui vivent autrement et cherchent pourtant leur place. Avec une bande originale qui utilise les musiques comme des souvenirs qui planent, et malgré le manque de consistance, DANIEL DARC, PIECES OF MY LIFE réussit tout de même à être un point de vue sur la vérité et sur l’authentique, être un point de vue intime.


DANIEL DARC, PIECES OF MY LIFE
Réalisé par Marc Dufaud, Thierry Villeneuve
Avec Daniel Darc, Frédéric Lo, Georges Betzounis
France
1h41
24 Juillet 2019

2.5 / 5

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