Cornélius le meunier hurlant

Cornélius le meunier hurlant

Le cinéma français a deux visages : le cinéma populaire qui trouve tous les financements nécessaires, et le cinéma qui ose malgré le manque cruel de moyens. Le premier long-métrage de Yann le Quellec n’a peut-être pas beaucoup de moyens, mais il fait preuve d’un grand coeur et d’une grande honnêteté dans son envie d’un cinéma autrement. Sans aucune comparaison, le film de Yann le Quellec est dans la même lignée que Antonin Peretjatko ou Yann Gonzalez (pour ne citer qu’eux). C’est-à-dire des films entre fantaisie et maladresse des personnages, mais dont la construction de l’univers est très fournie. Un univers entre le burlesque et une idée romanesque. On pourrait également citer LE ROI DE COEUR de Philippe de Broca (1966), dans sa manière de construire un environnement dramatique mais en le traitant avec un burlesque délicat.

Dans son dispositif, le cinéaste embrasse davantage la mélancolie de ses personnages, sans exagérer leurs attitudes. Yann le Quellec trace un chemin pour son protagoniste, une sorte de quête personnelle liée à son propre développement narratif. Purement mélancolique car le film tend à remplir la description de son protagoniste Cornélius. A travers d’un schéma dramatique classique (l’arrivée, l’intégration, la découverte d’un amour, la révélation, la lutte, le bannissement, le retour), CORNELIUS réussit tout de même à modérer son regard. Le rythme est progressif, à raison de plusieurs transitions (de courtes scènes), où le cinéaste suggère l’arrivée d’un événement avant de l’explorer pleinement. Le burlesque n’est donc pas brutal, il est soit une conséquence soit un trait de caractère.

Il s’intègre parfaitement dans un environnement jovial et isolé. Ce petit village est le rêve parfait de la vie paisible et conviviale. Ainsi, les personnages sont des « petites gens » (où certains parleraient de « esprits simples ») plein d’ironie et de folie douce. Ils vivent dans l’illusion de la société parfaite, qui explose de bonheur et d’amusement. Gustave Kervern est parfait dans le rôle du maire maladroit et cynique. Toute l’esthétique est vouée à l’esprit solaire qui s’empare du quotidien du village. CORNELIUS est donc un film qui navigue entre la fantaisie du fantastique, la poésie des relations humaines et le burlesque modéré. Le gros problème vient de ce que le cinéaste fait de ses paysages : rien. Chaque plan large est digne d’un film carte postale. Il n’approfondit pas le thème criant des indigènes gêné par la différence d’un nouvel arrivant. Le moulin est donc un détail, la forteresse vainement utilisée et l’esprit baroque du village sous-exploité, le tout noyé dans le surplus de lumière et de plans larges où le ciel est bleu.

Et que dire de la mise en scène ? Il y a quelques fois de bonnes idées, quand des personnages tournent en rond ou que les « indigènes » se prennent à découvrir les atouts du moulin. Et c’est à peu près tout. Parce que la mise en scène se concentre davantage sur le gag visuel, alors les dialogues sont assez chaotiques et l’humour tombe rapidement à plat. L’exemple parfait serait l’apparition de Denis Lavant : la scène commence par un comique de dialogues ridicules pour présenter le personnage, avant de dériver dans un délire physique incompréhensible (limite un clin d’oeil à M.Merde, qui ne ferait que détruire ce personnage merveilleux). Le cinéaste n’a pas grand chose à offrir d’autre que des gags visuels qui se répètent, des dialogues qui manquent de profondeur dramaturgiques, et des comportements calqués sur l’observation de l’autre (quand un personnage est en pleine absurdité, un autre ne bouge pas et le regarde). La simple contemplation ne rend pas le burlesque forcément agréable.

CORNÉLIUS, LE MEUNIER HURLANT
Réalisation : Yann le Quellec
Casting : Bonaventure Gacon, Anaïs Demoustier, Gustave Kervern, Christophe Paou, Denis Lavant, Solange Milhaud, Jocelyne Desverchere, Camille Boitel
Pays : France
Durée : 1h47
Sortie française : 2 Mai 2018

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