Continuer

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Adapté du roman éponyme de Laurent Mauvignier, CONTINUER est la première fois que le cinéaste Joachim Lafosse se lance dans une adaptation. Exercice risqué quand c’est la première fois, après une filmographie déjà bien fournie et dont on reconnaît facilement le style. Ici, il n’est facile de reconnaître qu’il s’agit d’un film de Joachim Lafosse. Nous l’avons connu plus dur, plus tranchant et plus cruel envers ses personnages. Avec CONTINUER, le cinéaste semble prendre une nouvelle direction dans son cinéma. Ce qui peut être une bonne chose, à voir avec les prochains projets. Son cinéma et son style s’adoucissent, les conflits s’apaisent et il fait disparaître le rythme crescendo qui amène à une rage finale. Dans ce nouveau long-métrage, Joachim Lafosse se consacre à chercher une réconciliation, et non plus à amener le spectateur vers la séparation. C’est presque le chemin inverse de ses précédents films : ici, le film connaît déjà une forme de séparation et de rupture dans les premières scènes, pour ensuite progresser vers l’exploration d’une possible réconciliation.

Pour cela, l’ambiance et la mise en scène se nuancent et se composent de références à plusieurs genres. CONTINUER lorgne, à plusieurs moments, du côté du western, du film d’aventure mais surtout du drama intime. Avec la traversée d’un désert immense et peu accueillant, la rencontre de quelques locaux isolés, quelques petites épreuves physiques, se construit une relation entre une mère et un fils. Le verbe construire est parfaitement adapté, car le cinéaste s’applique à montrer qu’il y a une rupture de longue date entre les deux personnages. Dans cette relation très mystérieuse entre le fils et sa mère, où les désirs et le passé sont deux éléments gardés secrets (par les personnages, mais aussi aux yeux des spectateur-rice-s), il y a une quête qui n’obtient pourtant pas de réponse. Une quête qui provoquée par le lien mystérieux entre un fils et sa mère, où le fils doit essayer de comprendre sa mère en tant que femme. CONTINUER est alors une chevauchée vers l’autre, une tentative de rapprochement, un désir de comprendre les femmes : c’est, grossièrement, une aventure physique et intime pour cicatriser les blessures du passé.

Cependant, Joachim Lafosse ne prétend pas tout savoir des femmes, il ne prétend même pas comprendre ni pouvoir expliquer chaque attitude et chaque désir. Comme avec A PERDRE LA RAISON, la mère dans CONTINUER est une femme complexe qui essaie de se livrer émotionnellement à un personnage masculin. Avec CONTINUER, la folie progressive se transforme en tentative de réconciliation, et le huis-clos se transforme en paysage vaste. Un désert interminable, qui s’étend à l’infini par son (presque) silence permanent, son aridité et la manière qu’il a de faire patienter les personnages pendant des nuits et de nombreuses journées. Les personnages se connectent donc à ce paysage immense, mais sans qu’il en devienne une projection de leurs émotions ou de leurs sensations. Joachim Lafosse préfère capter l’épreuve physique qui finit par causer l’aventure émotionnelle intime. Un désert infini qui représente toutes les possibilités de réconciliation entre le fils et sa mère ; là où chaque espace et chaque ellipse est une nouvelle chance de s’exprimer et de se comprendre.

CONTINUER a pourtant un mouvement très pudique. Avec de nombreux plan-séquences et un renouvellement constant des espaces infinis et des plans larges, le rythme et le montage du film en prennent un coup. Le montage a du mal à se concentrer sur l’essentiel, à force de trop vouloir forcer le mystère des personnages dans un désert qui l’est tout autant. Deux paramètres inconnus à la fois ne permettent pas au rythme du film de trouver un autre mouvement que la suggestion. Le grand défaut de CONTINUER est de chercher à créer un mouvement imaginaire : que ce soit dans les déplacements ou dans la construction des cadres. Même si le mystère est le coeur évident et fascinant du film, le mouvement est bien trop paisible et figé pour créer une réelle direction. Malgré les ellipses et les épreuves physiques, le récit est figé dans un espace infini. Toutefois, Joachim Lafosse réussit à trouver une manière de construire le mystère dans sa mise en scène. Il développe le désir du rapprochement par l’idée de corps distancés et tendus. Au-delà de l’aventure physique imposée par l’espace, c’est la relation entre les deux corps qui montre l’essentiel problème dans l’intime relation. Joachim Lafosse développe le principe de réconciliation en respectant la distance et la blessure créée dans le passé. Une sorte de blessure qui ne peut pas guérir, mais qui ne peut que cicatriser et rester marquée.


CONTINUER
Réalisé par Joachim Lafosse
Scénario de Joachim Lafosse, Thomas Van Zuylen
Avec Virginie Efira, Kacey Mottet Klein, Diego Martin, Mairambek Kozhoev, Damira Ripert, Belek Mamatkoulov, Mukhit Raikulov, Assel Kuanbayeva

Belgique, France
1h24
23 Janvier 2019

3.5 / 5

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