Contes de Juillet

Contes de Juillet

Diptyque qui ne dit pas son nom de L’ILE AU TRESOR. Film d’atelier où les comédien-ne-s sont issu-e-s du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, film en deux parties qui sont deux court-métrages distincts. Film au clin d’oeil assumé et explicite à l’oeuvre d’Eric Rohmer. CONTES DE JUILLET est tout cela à la fois, c’est ce qui le rend attirant aux premiers abords. Et c’est ce qui fait sa grande force. Parce qu’après le documentaire L’ILE AU TRESOR sorti le 4 Juillet dernier, Guillaume Brac revient à la fiction. Imaginé avec les comédien-ne-s du film, CONTES DE JUILLET montre l’attachement à une ambiance, à une certaine forme d’espace. Après la station balnéaire dans LE NAUFRAGÉ et dans UN MONDE SANS FEMMES. Après l’hiver enneigé dans l’Yonne de TONNERRE. Guillaume Brac continue son tour des provinces qu’il aime tant filmer, parce que comme au centre de loisirs de Cergy-Pontoise, ces paysages sont des échappatoires qui font partie de la réalité.

L’AMIE DU DIMANCHE
Ce court-métrage se déroule au centre de loisirs de Cergy-Pontoise, là où Guillaume Brac a tourné son documentaire L’ILE AU TRESOR. Dans un ton plutôt léger et joyeux, ce court-métrage explore l’opportunité de rêver en mettant le réel de côté. A travers un jeu de séduction, le plaisir de découverte d’activités, quelques rencontres, Guillaume Brac travaille le corps de ses jeunes personnages. Il leur offre une alternative, là où l’introduction des deux protagonistes est une souffrance physique et psychologique, ce centre de loisirs leur offre un moyen de se défouler, de faire ressortir leur jeunesse et toute l’innocence qui va avec. Sans aucune nostalgie de ses références, Guillaume Brac se sert instantanément des couleurs et de la lumière naturelles. Ainsi, l’ambiance est remplie de sensualité, dans un rythme presque insouciant. Le cadre est un témoin : il témoigne discrètement de ce qu’un tel paysage commun peut apporter à la recherche du plaisir.

HANNE ET LA FÊTE NATIONALE
Le second court-métrage est plus contrasté, plus grave dans le ton. Alors que la fête nationale française bat son plein, la jeune étudiante norvégienne Hanne est convoitée par deux jeunes hommes. Dès le premier plan, le court-métrage fait comprendre que les désirs sont très actifs, qu’il y a quelque chose de brut et de concret dans les pulsions. Se déroulant principalement dans une résidence étudiante, les couleurs sont plus sombres que le premier court-métrage. Il y a une vraie rupture de ton avec L’AMIE DU DIMANCHE, comme si HANNE ET LA FÊTE NATIONALE en serait la version plus tragique / dramatique. Alors que la séduction est légère et joyeuse dans le premier court-métrage, ici elle est davantage dans la contrariété. Ce qui fascine, c’est le même traitement esthétique dans le cadre. Toujours témoin discret, le cadre cherche le rêve et la complexité de la jeunesse. Sauf que là, le rêve est brisé, et laisse place au chaos.

Que ce soit dans L’AMIE DU DIMANCHE ou dans HANNE ET LA FÊTE NATIONALE, Guillaume Brac capte la jeunesse, avec ses pulsions et sa complexité émotionnelle. Avec un second court-métrage (et donc le film) qui se termine en mentionnant des attentats, Guillaume Brac crée un écho dans la perte d’une vitalité. La rupture entre L’AMIE DU DIMANCHE et HANNE ET LA FÊTE NATIONALE fait évidemment penser à celle présente dans TONNERRE, quand la romance fait place au thriller. Dans son esthétique modeste qui touche le naturalisme et effleure le rêve éveillé, Guillaume Brac capte la quête intime de la jeunesse. CONTES DE JUILLET est une fable, celle d’une jeunesse qui rêve, qui fait vivre ses pulsions, et qui s’échappe dans des espaces merveilleux (un centre de loisirs, une chambre, un défilé) pour assouvir ses rêves et ses pulsions.

CONTES DE JUILLET
Réalisé par
Guillaume Brac
Scénario de Guillaume Brac, Anne Brouillet
Avec Miléna Csergo, Lucie Grunstein, Jean Joudé, Kenza Lagnaoui, Théo Dhedeville, Hanne Mathisen Haga, Andrea Romano, Sipan Mouradian, Salomé Dienis Meulien, Roman Jean-Elie
Pays : France
Durée : 1 h 10
Sortie française : 25 Juillet 2018

4 / 5