Come as you are

Come as you are

Le tampon « Sundance Festival aime ce film » plane sur tout le film de Desiree Akhavan. Mais son sujet est bien trop important pour se concentrer sur le manque de risque. En 1993, Cameron Post est une adolescente qui se voit obligée d’intégrer un établissement isolé dans les montagnes américaines. Il ne s’agit pas de n’importe quel établissement, sa directrice s’est donnée la mission de remettre les âmes des jeunes inscrits dans le droit chemin. Concernant Cameron Post, son tort serait d’avoir des sentiments envers d’autres filles. Elle pourra cependant compter sur deux amis : Mark et Jane. Ils partagent tous trois le même désir de liberté, celle de pouvoir aimer qui ils et elles souhaitent. Rien que les titres du film fait référence à cet état d’esprit. Le titre original parle de mauvaise éducation (« miseducation ») tandis que le titre français, à contrario, parle d’affirmation de soi (« come as you are » signifiant « venez comme vous êtes »). Même si le titre français efface l’ironie du titre original, il préserve l’accent mis sur le message d’identité.

Desiree Akhavan se concentre alors sur l’affirmation de soi, sur ces jeunes qui cherchent leur place et à définir ce qu’ils sont. Ce ne sont pas des jeunes perdus, mais ils sont vulnérables. A plusieurs reprises, et de manière soudaine, la cinéaste montre à quel point une manipulation psychologique peut entraîner de lourdes conséquences. COME AS YOU ARE filme un terrain glissant, un piège qui se referme sur ces jeunes en quête de liberté. Dans une ambiance où la réalité est surtout triste et tragique, la cinéaste filme et met en scène une violence psychologique. Physiquement, les corps déambulent. Mais psychologiquement, les gros plans et les champs / contre-champs se multiplient, dans une intention de pression et lavage de cerveau. Dans la mise en scène, tous les comportements convergent vers une unité. Celle du rassemblement autour d’un processus amenant vers une sorte de norme. Mais autour de ce rassemblement, il y gravite les sensibilités individuelles. C’est ici qu’est le terrain glissant, la confrontation entre le processus de l’établissement et le moindre instant d’écart individuel.

COME AS YOU ARE ne manque cependant pas de bienveillance envers l’intime. Dans son conflit des comportements, Desiree Akhavan capte un rapport à l’optimisme. Ces écarts sont autant de moments où le film fait ressentir un espoir, un rayon de liberté encore vivant. La cinéaste apporte plusieurs scènes d’humour, ironisant sur la religion et son apport dans une certaine idée de l’aide à autrui. Sans jamais parler de radicalité, le film ironise l’intégration et la normalité, pour faire ressortir justement les différences de chacun. Dans une mise en scène pleine de conflits, l’optimisme provient de la mise en lumière des différences. C’est pour cela que tous les personnages, qu’ils soient principaux ou secondaires, ont tous leur moment. Parce que la différence n’est pas traitée dans une seule bulle, mais comme une intimité, une individualité. Le grand point fort du film est justement d’ironiser sur l’aide, et d’en apporter une bienveillance sur la différence intime.

Dès le début, la caméra accompagne sa protagoniste et la soutient. C’est aussi le défaut du long-métrage. En embarquant aussitôt dans son propos et dans son ton, COME AS YOU ARE est de plus en plus en pilote automatique. Avec une narration trop scolaire et un montage trop transparent, le rythme s’essouflle et use constamment des mêmes idées, jusqu’à ce final désabusé et fuyant. Toutefois, on retient que Desiree Akhavan a une esthétique naturaliste qui s’adapte parfaitement au conflit dans la mise en scène. La lumière est belle et très présente, mais sans jamais faire dans l’excès, ni même à chercher à accentuer les visages. Pour cela, la cinéaste privilégie les gros plans, dans un côté brut à son récit. Il y a quelque chose de frontal et qui fatigue les corps, dans cette esthétique. C’est le cadre, qui avec sa variété d’échelles et de focales, permet d’alterner un regard entre documentaire et fiction, pour mieux (respectivement) confronter la tragédie psychologique puis préserver l’espoir et l’optimisme.

COME AS YOU ARE (The miseducation of Cameron Post)
Réalisé par Desiree Akhavan
Scénario de Desiree Akhavan, Cecilia Frugiuele d’après la nouvelle de Emily M. Danforth
Avec Chloë Grace Moretz, Jennifer Ehle, Quinn Shephard, Sasha Lane, Marin Ireland, John Gallagher Jr, Owen Campbell, Forrest Goodluck, Kerry Butler, Steven Hauck, Emily Skeggs, Christopher Dylan White, Dalton Harrod, Melanie Ehrlich, Isaac Jin Solstein, McCabe Slye
Pays : États-Unis
Durée : 1 h 30
Sortie française : 18 Juillet 2018

3.5 / 5

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