Cloclo

Cloclo

Le biopic fait rage depuis quelques temps, et particulièrement dans la chanson, qu’il soit faussement parodique (JEAN PHILIPPE, PODIUM) ou d’un doux réalisme rêveur (LA MOME, GAINSBOURG). Puisqu’on en est à revisiter les grandes figures de la chanson hexagonale pré-80 (non, Goldman et Cabrel, pas encore), autant s’attaquer à un monument : Claude François. L’idole des jeunes, comme souvent appelé, a connu une vie trépidante et une mort trop banale pour vraiment s’en rappeler (exit les théories du complot ici).

Et pour mener la barque, rien de moins que Florent Emilio Siri, noble artisan cinématographique responsable de films burnés (NID DE GUEPES, OTAGE, L’ENNEMI INTIME – on a raté UNE MINUTE DE SILENCE, son premier), qui du coup troque les flingues et les fusillades pour les pistes de danse et le destin d’un chanteur ayant surfé pendant 15 années en haut des tops musicaux. Le film, fleuve (2h30), se veut un portrait serré autour de Claude, enfant à la recherche d’une reconnaissance paternelle qui le transformera en performer exemplaire, businessman acharné, chanteur se voulant crooner, homme à femmes jamais contenté. Un vrai personnage de grand écran, magnifiquement interprété par un Jérémie Renier qui monte en puissance comme jamais (même s’il était très bon dans le malheureux POSSESSIONS, et que les costumes pourraient lui rappeler PHILIBERT), porté par un réalisateur à la polyvalence exemplaire, qui peut tout aussi bien filmer la carrière de Claude François que son intimité, plongé au milieu de ses pensées au coeur d’une foule de midinettes en foule. En plus de deux heures de film, difficile de s’y ennuyer, la vie de Claude est balayée de fond en comble, de ses succès à sa personnalité haute en couleurs, de ses manies à ses erreurs.

En somme CLOCLO est un biopic formidable, alternant diverses émotions sur une réalisation des plus propres. Des années 60 et 70, on retiendra un formidable maelström de vies et de couleurs, le chanteur traversant les modes, s’inspirant de tout pour mieux tenter d’anticiper son époque. Si on se demande quelle curiosité à piquer le réalisateur pour placer son vieil ami Magimel en producteur (grimé comme jamais, mais avec un résultat assez curieux), au-delà de leur fidélité cinématographique, l’ensemble est plus que réussi, laissant à penser que le cinéma français, après une année 2011 faste, s’ouvre sur une année 2012 où on peut imaginer de belles surprises. La première sera en chansons, et on y retournerait bien.

4 / 5