Christina Noble

Christina Noble

Écrit et Réalisé par Stephen Bradley. Avec Deirdre O’Kane, Sarah Greene, Brendan Coyle, Liam Cunningham, Mark Huberman. Irlande. 100 minutes. Sortie française le 20 Mai 2015.

L’affiche du film et le titre montrent beaucoup de couleur jaune. Celle du soleil, de la lumière absolue. Une étoile traversant un lieu, transportant la vie et l’émerveillement en soi. C’est ce que suggère le film de Stephen Bradley, dans la période où Christina Noble est au Vietnam. Sinon, le film retrace aussi toute l’enfance et l’adolescence de la protagoniste. Parce qu’il s’agit d’un biopic, qui veut jouer sur le contraste de l’enfance compliquée face à la beauté durant l’âge adulte. Le film démontre comment Christina Noble en est venue à aider les enfants du Vietnam, conséquence directe d’une enfance difficile où elle a dû survivre par elle-même.

Chaque plan au Vietnam devient un miroir, renvoyant directement aux séquences durant l’enfance de Christina Noble. Dans ce montage parallèle des deux temps, il y a la même fonction d’espoir et de libération. Chacune des scènes a un dernier plan qui recherche l’ouverture, celle de l’happy ending. Cela grâce à un travail précieux sur le cadrage. Dès qu’elle apparait, Deirdre O’Kane est l’élément qui vient bouleverser l’unité d’un plan. Dans son environnement, le personnage vient briser l’ambiance constante. Les trois actrices jouant Christina Noble sont toujours au centre, ou proche de ce milieu. Le cadre permet au personnage d’agir comme le guide de l’intrigue, où l’issue va se déterminer par son obsession et sa motivation. La caméra est passionnée par ce personnage, et amoureuse de ses actrices.

La lumière du film vient également créer ces ouvertures. Sauf qu’ici, la photographie ne servira pas de solution. Elle a davantage la fonction de déployer des désillusions. Que ce soit dans son enfance d’orpheline, ou durant son adolescence aux multiples péripéties, jusqu’au voyage au Vietnam où son objectif prendra beaucoup de temps. La lumière du film remplit l’enjeu du fantasme perpétuel, celui de sortir d’un monde cruel qui parcourt les rues. Cette lumière très présente (il fait très beau, tout le temps, dans le film) ne se focalise pas sur l’aide merveilleuse de Christina Noble. Car, même durant les séquences dans son enfance, la lumière vient pointer du doigt le malheur, l’angoisse, l’urgence, etc.

On regrettera tout de même un manque de développement plus profond durant les séquences d’enfance. La jeunesse de Christina Noble est rapidement expédiée, comme une période compliquée qui n’a jamais trouvé d’issue correcte. Alors le film s’enlise dans la tragédie pure et brutale de l’enfant et l’adolescent livré à lui-même. Ces scènes ne sont que l’effet miroir des situations évoquées pendant les séquences au Vietnam. Le passé n’est donc que la cause, dont le film n’explorera que les émotions. Seulement le temps présent (au Vietnam) va chercher à exposer des sensations.

Ce qui est dommage, car la mise en scène se cale sur l’idée d’urgence. Tout le film, dans toutes ses périodes, joue la carte de la course effrénée. La vie de Christina Noble se présente comme un labyrinthe, où les espaces deviennent de plus en plus insignifiants. Parce que dans chacun des lieux présentés, une désillusion apparait. D’où le travail sur la lumière créant des ouvertures inaccessibles et des points d’arrêt. Par son découpage, le film chercher toujours cette lumière dans les espaces. Mais les espaces sont fragmentés, à tel point qu’il est rare de voir des plans larges ou généraux. Les espaces sont divisés en morceaux, mais pour mieux se ressembler.

Autre détail intéressant de la mise en scène : le rôle que jouent les personnages secondaires. Christina Noble est décidemment seule durant son enfance et son adolescence. Puis, elle prendra son envol. Dans le temps présent au Vietnam, elle aura des points d’appui. Chaque personnage secondaire vers lequel elle se tournera, sera un argument pour ne pas flancher ou abandonner. Ces personnages fonctionnent comme des leviers pour Christina Noble, qui lui permettront de progresser dans son objectif. En étant constamment en mouvement vers d’autres personnages, la protagoniste défie la lumière et l’environnement du cadre.

3.5 / 5

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