Chappie

Chappie

En 2009, un jeune réalisateur sud-africain faisait une percée dans le monde de la science fiction avec audace. DISTRICT 9 conciliait réalisation moderne, semi-documentaire, thématiques sociales et historiques autour d’une belle histoire de mutation extra-terrestre. Dans la foulée, il reproduisait quasiment le même film, ELYSIUM, mais dans une station spatiale avec Matt Damon, pour un résultat plus explosif mais sans doute manquant de confirmer réellement le talent de Neill Blomkamp. Son troisième film, CHAPPIE, tente à l’inverse une nouvelle approche sur le fantasme des robots et des sentiments, mais échoue à tous les niveaux. Un raté étonnant, et passablement énervant.

Dans CHAPPIE, l’Afrique du Sud (retour sur le terrain de son premier film) s’est équipée en robots flics qui font la loi tranquillement. Leur créateur, jeune génie rêveur, passe alors à l’étape suivante : leur donner une conscience. Le premier robot doté de cette chance devient CHAPPIE, qui doit découvrir le monde avec l’aide d’un trio de gangsters fous qui l’ont enlevé, poursuivis également par un autre inventeur revanchard dont le modèle de machine n’a pas le même succès. Sur un canevas semblable à ROBOCOP (pour l’opposition entre deux machines censés réguler la violence) mixé à BLADE RUNNER (pour le rêve éveillé des androïdes), l’ambiance en moins, CHAPPIE tente de jouer la carte de la séduction à travers un récit où le personnage central doit apprendre la vie, et faire des choix.

Partant de ce postulat, Blomkamp dérape rapidemernt, et n’arrive à rien. Ses personnages ne sont pas cernés, ni développés, se comportant de manière aléatoire, au sein d’un récit où tout est fait pour soutenir le propos unique de l’auteur (« j’ai un joli robot qui pense ») sans faire l’effort de tisser une histoire autour. Et que dire des acteurs, en roue libre au milieu de cela, autour d’un robot (incarné par Sharlto Copley) lui aussi schyzophrène, soit rempli de bonnes questions, soit faux gangster sans âme. On s’ennuie ferme de ne pas y voir une vraie direction, un propos de fond, surtout lorsque Die Antwoord, le duo de rap qui incarne ici un couple de bad guys foldingues, se comportent comme les rois du film, s’exposant avec leur propre merchandising à l’écran.

Tout cela pourrait paraître simplement décevant si on ne souhaitait pas le meilleur à Blomkamp (qui va, malheureusement maintenant, passer à Alien 5 ensuite). Seulement voilà, surchargé son film d’envies sans les ancrer dans sa propre réalité, et voilà un lot d’incohérences qui sappe tout. On regrettera notamment de ne pas le voir offrir une mise en scène au moins innovante, ici très brouillonne, ou de ne rien faire pour masque la pauvreté de l’ensemble (et on ne vous parle pas d’expériences scientifiques menés avec des Playstations 4, fournis gracieusement par Sony… distributeur du film). Non, finalement ici rien n’est à rattraper, et ça n’est pas un Hugh Jackman mal coiffé qui va rattraper quelque chose…

1 / 5