Chambre 212

Chambre 212

Les premières minutes sont assez bancales, où Maria (Chiara Mastroianni) sort de sa cachette derrière un rideau pour briser le couple de son jeune amant, qui est aussi l’un de ses étudiants. Le film commence donc par un ton comique assez lourd, mais pas seulement. Aussitôt de retour chez elle, Maria prend une douche et son mari ramasses ses vêtements pour les placer dans la machine à linge. Évidemment, la facilité et l’artifice (à la fois scénaristique et dans la mise en scène) arrivent : le mari Richard (Benjamin Biolay) découvre l’aventure extra-conjugale de sa femme en regardant l’écran de son téléphone qui vibre. Outre ces lourdeurs d’écriture pour gagner du temps, Christophe Honoré a autre chose à proposer et mettre en scène.

Le cinéaste parle d’amour, des sentiments et explore avec une sensualité farfelue le couple dans sa beauté et ses difficultés. CHAMBRE 212 porte bien son titre, car le film se concentre sur cet écart, le temps d’une nuit, où les personnages s’échappent dans leurs pensées, leurs souvenirs, leurs désirs, leurs doutes. Il y a le besoin de rester connecté, en se blottissant dans cet hôtel en face de l’appartement conjugal. Mais il y a aussi le besoin de solitude, de la réflexion, avec ces deux solitudes qui laissent place à la mélancolie. Sauf que CHAMBRE 212 n’est pas une cardiographie du couple, ce n’est pas un mélodrame. Christophe Honoré construit la mélancolie avec de la fantaisie. Tout en affirmant ici que l’amour est le plus grand et le plus beau sujet de Cinéma possible, le cinéaste y apporte le pouvoir fantaisiste de la fiction grâce à la comédie. C’est donc un romantisme léger, où se côtoient les névroses de la réalité et les désirs de la fantaisie. Ce n’est pas pour rien que dans les remerciements du générique de fin, le premier nom qui apparaît est Woody Allen.

Si CHAMBRE 212 est si empreint de légèreté, c’est aussi parce qu’il n’entre pas dans le conflit d’adultère et le drame du remariage traditionnels. Le film s’applique à contourner tout cela, notamment avec Maria pleine d’assurance et de joie de vivre. Presque insolente et de mauvaise foi, Maria est un personnage délicieux qui permet au film d’être un vaudeville. Comédie sans psychologie mélodramatique, et très portée sur la mise en scène des regards dans un comique de situations, CHAMBRE 212 déploie son esthétique selon ces situations toujours très personnelles. Soit la réalité est un impressionnisme théâtral, soit la fantaisie est une poésie expressionniste. Notamment avec une large palettes de couleurs pour décrire la sensualité et la légèreté du moment, mais aussi avec un grand appétit pour la domination de lumières différentes dans chaque plan, Christophe Honoré nous offre un vaudeville dont les mouvements errent dans des espaces imaginaires infinis. Même l’espace hors de la ville (la Baie de Somme) est filmé pour y voir l’étendue du sable et l’horizon poétique de la mer.

Toutefois, ces espaces imaginaires infinis sont pourtant le portrait de huis-clos intimes (celui de Maria et celui de Richard). Le huis-clos permet au cinéaste de ne pas pousser la fantaisie au-delà des frontières, de toujours permettre à la réalité d’avoir tout sa place. Une manière de laisser la place de saisir le drame sous la comédie, de saisir la mélancolie sous les désirs. Et même si les dialogues sont souvent très exquis et élégants, on ne peut s’empêcher d’y voir un film très parisien. Le film a beaucoup de mal à sortir de son ambiance, son atmosphère et sa tonalité très encrées dans un mode de vie parisien. On pourrait y voir un énième film où des parisiens se lassent de leur quotidien, thème très artificiel en soi. Sauf que Christophe Honoré y propose une vraie variation esthétique et temporelle. Au-delà de la mélancolie fantaisiste et du romantisme tourmenté, CHAMBRE 212 contient un grand travail sur le temps. Alors que le récit se déroule sur une seule nuit, cela permet aux personnages de convoquer leurs passés. Entre le passé enchanté, le présent torpillé et le futur alternatif plein de magie, le film fait le portrait de fantasmes pour remédier aux douleurs présentes. Le film voit l’amour comme un assemblage des espaces et des moments du passé, usé par le temps si la fantaisie ne cohabite pas avec la réalité.


CHAMBRE 212
Écrit et Réalisé par Christophe Honoré
Avec Chiara Mastroianni, Benjamin Biolay, Vincent Lacoste, Camille Cottin, Carole Bouquet, Harrison Arevalo, Stéphane Roger
France, Belgique, Luxembourg
1h27
9 Octobre 2019

3.5 / 5

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