Chained for life

Chained for life

COMPÉTITION AMÉRICAINE / CHAMPS-ÉLYSÉES FILM FESTIVAL 2019

Lors d’un tournage d’un film d’horreur, il y a la rencontre entre l’équipe du film avec plusieurs acteur-rice-s présentant des difformités physiques. C’est ainsi que se rencontrent Mabel (incarnée par Jess Weixler) et Rosenthal (incarné par l’excellent Adam Pearson, vu dans UNDER THE SKIN). Malgré un héritage évident venant du fabuleux FREAKS de Tod Browning (1932), Aaron Schimberg ne fait pas un film d’horreur ni un drame tragique. Au contraire, CHAINED FOR LIFE est une comédie de malaise, et les citations au genre horrifique viennent de là. Le cinéaste ne parle jamais de l’humanité de ces personnes atteintes de difformités. Tout simplement parce qu’ils sont d’abord considérés comme des acteurs et actrices amateur-rice-s, qui viennent apporter une touche de réalisme au film d’horreur fictif. Fasciné par le film de Tod Browing, Aaron Schimberg fait donc bien un film sur les personnes possédant une difformité physique, et propose une relecture du thème autour de la dichotomie beauté / laideur.

Aaron Schimberg ne cherche pas à savoir, ni à identifier, s’il y a des personnages mal-intentionnés ; mais il explore tout de même cette « exploitation » des personnes possédant une difformité. CHAINED FOR LIFE possède une réflexion ouverte sur ce que nous voyons à l’écran. Est-ce que cela est vrai ? Est-ce que cela fait partie du film dans le film ? Est-ce que cela va trop loin ? Où est la limite entre le respect et l’indécence ? Toutes ces questions sont posées, mais le film ne tend pas à y répondre à notre place. Ainsi, Aaron Schimberg joue constamment dans l’ambiguïté entre imaginaire et réalité, il casse la frontière entre vérité et simulation, il suggère plusieurs attitudes plusieurs pensées chez les personnages. Tout cela en mélangeant les images de l’imaginaire et celles de la réalité. Au fur et à mesure, le film ne montre plus la distinction entre les images du film dans le film, et les images de vraies relations hors tournage entre les personnages. La relecture du film de Tod Browning est donc là : quelle est la position de l’art entre l’imaginaire et le réel ? Quelle est sa place dans la considération des personnages et des personnages ? Aaron Schimberg ne cesse de jouer avec la représentation, ayant donc compris le pouvoir suggestif et manipulateur des images, et ironise sur les relations entre les personnages.

La mise en scène est donc très portée sur l’ambiguïté, mais aussi sur l’ambiance. Parce qu’Aaron Schimberg sait que les espaces qu’il filme ont toute leur importance dans la manipulation des images. Il sait que l’angle de vue de la caméra a son importance dans la suggestion. Alors il crée une certaine ambiance et un certain ton avec des premières images, avant de brouiller les pistes avec quelques répliques, puis de casser complètement son esthétique par l’ironie. Sauf que CHAINED FOR LIFE contient une autre dualité : l’ambiance balance toujours entre le glauque et l’absurde, en pleine hésitation pour savoir laquelle serait la plus évocatrice pour raconter l’imaginaire. Alors que le réel est plutôt marqué par un côté très bavard, la dimension imaginaire et ambiguë des images mélange une photographie glauque et des attitudes absurdes. Malgré le travail intéressant sur les regards et sur la distance entre les corps (bien qu’inabouti, car trop encombré par la place de la parole), ces regards et ces corps montrent que l’imaginaire ne prend essence que dans la forme et jamais dans le fond. Aaron Schimberg ne parvient pas à encadrer son ironie dans le glauque, toujours séparée de l’absurde.


CHAINED FOR LIFE
Écrit et Réalisé par Aaron Schimberg
Avec Jess Weixler, Adam Pearson, Stephen Plunkett, Charlie Korsmo
États-Unis
1h30

3 / 5

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