Cellule 211

Cellule 211

Film évènement outre Pyrénées, où Cellule 211 a littéralement squatté les Césars locaux l’an passé (8 récompenses), sans parler des festivals et autres sélections. La sensation a débarqué en salles plus récemment en France, aidé par sa coproduction française, et rouvre la porte des films de prison version européenne. Un huis clos sans temps mort, et sans concession.

La cellule 211, on y entre dès le départ, cette première scène où l’on voit un détenu se taillader les veines. Une introduction un peu sombre, qui détonne un peu avec la suite. On découvre un jeune gardien, plein de bonne volonté, qui se présente à la prison une journée avant la date convenue, pour mieux apprendre son métier. Malheureusement pris en pleine émeute, il se fait passer pour un détenu afin de mieux survivre, alors que les autorités ont fermés la prison, en attendant la suite. Dès lors, le jeu est simple. Notre héros doit s’inventer un personnage de mauvais garçon, tenter de sortir tout en minimisant les pertes de chaque côté. Les détenus, menés par une grande gueule condamné à perpét’ (Luis Tosar), vont mener la vie dure aux quelques gardiens restés à l’intérieur, alors que les négociateurs ne savent rien faire de mieux que ruser, ce qui va énerver tout le monde, jusqu’à un dénouement forcément tragique.

Cellule 211 est et n’est pas le coup de poing cinématographique annoncé. Le film est condensé en quelques heures, suivant pas à pas le personnage principal tombé du côté obscur, les circonstances l’obligeant à user de moyens extrêmes pour éviter l’affrontement entre les prisonniers et le GIGN local. De sa vie tranquille, futur père et époux aimant, il devient au contact des prisonniers un autre homme, brutal et actif. Malgré toute la bonne volonté du scénario, qui multiplie les explications, on aura par certains moments du mal à accepter cette métamorphose subite, même si elle est guidée par un désir de survie plus fort que tout. Lorsque tout bascule dans une violence sans retour, on le verra même être pire que les autres. Pas forcément injustifié, cette construction narrative aurait sans doute mérité d’être moins abrupte, mais le rôle principal demande quelquefois certains sacrifices. Ici, on retiendra surtout que le personnage central sert surtout d’instruments dans un récit fondamentalement carcéral.

Car le réalisateur Daniel Monzon se sert d’un terreau profondément concret pour bâtir son récit de fiction. Le film est un film de combat, de lutte, et à la base de tout se situe surtout des demandes de prisonniers tout à fait classique. Une demande de prise en considération, de respect, de fin des actes inhumains… Le film suit une logique implacable, tournant les projecteurs vers le quotidien effarant des prisons espagnols. Allant plus loin, il distingue les classes de prisonniers, et notamment ceux de l’ETA. Se servant de trois prisonniers basques, donc important pour le gouvernement, les forçats vont donc plaider leur cause sans excès, juste un peu plus de respect. Cette Cellule 211, filmé à la manière d’un documentaire, manque de peu la parfaite réussite, un scénario magnifique enfermé dans un image télévisée. Malgré tout, cela confirme une fois de plus la vitalité du cinéma espagnol, et place de nombreux espoirs pour la suite.