Ce sentiment de l'été

Ce sentiment de l’été

Réalisé par Mikhael Hers
Scénario de Mariette Désert et Mikhael Hers
Avec Anders Danielsen Lie, Judith Chemla, Marie Rivière, Feodor Atkine, Dounia Sichov, Stéphanie Déhel, Lana Cooper, Thibault Vinçon, Laure Calamy, Marin Ireland
Allemagne, France / 105 minutes / Sortie le 17 Février 2016

Mikhael Hers continue d’explorer des jeunes personnes sous forme de balade, entre plusieurs espaces durant plusieurs étés. Puis, on se souvient tous de Anders Danielsen Lie qui reste la figure de OSLO 31 AOUT (Joachim Trier). Il incarne ici un jeune homme qui est confronté au décès de sa compagne. Il apprendra à connaître la sœur de celle-ci, en devenant de plus en plus proche. Sur trois étés et dans trois villes (Paris, Berlin, New York), il s’agit de deux destins marqués par l’absence d’un être aimé qui causera des changements dans la vie de chacun. Le long-métrage se fait donc le témoin d’une lente progression vers une nouvelle vie, où l’absence serait le point de renaissance.

Comme me le disait si bien Michel Ciment en sortie de projection, il s’agit d’un « cinéma international ». Avec des cinéastes comme Mia Hansen-Love, Joachim Trier, Cameron Crowe, … on tient ici tout une bulle de films qui se parlent les uns aux autres, car ils se ressemblent terriblement. D’inlassables répétitions, sur des intrigues que l’on finit par connaître par cœur, et dont le traitement n’est pas si différent. C’est un cinéma de fond, qui tient seulement à prouver qu’on peut encore être tendre avec ses personnages. C’est aussi un cinéma qui se repose sur des acquis passés, afin de les recycler une nouvelle fois.

Il n’y a vraiment rien de personnel dans un tel film, qui est davantage une énième copie de ce qui sort toutes les deux semaines dans les salles. L’ennui guette dans chaque plan, parce que le long-métrage n’a rien à offrir, et surtout rien à dire de nouveau. Il est tellement pénible d’entrer dans une salle obscure pour voir cette sorte de téléfilm, de ne jamais entrer dans le film, parce qu’il déroule seul son blabla de pacotille, tel un petit produit seul qui veut se faire une place parmi la masse. Ce n’est pas non plus le vilain petit canard, mais juste une transparence vis-à-vis de l’approche. Le film est présent, mais se fond dans la grande quantité de sorties chaque semaine.

Il le doit surement à sa plombante linéarité, peut-être. Parce que Mikhael Hers veut faire comme tout le monde, et se faire bien voir par un sujet « touchant » et « universel ». A force de vouloir créer de l’empathie, le long-métrage crée de la larmoyance. Dans son texte de fond, les ellipses n’arrangent rien au sentiment que tout est attendu, que tout est fait d’avance. Les personnages sont déjà scellés dans une fatalité avant même d’exister dans leurs comportements envers le manque. Les points de vue s’alternent au fond et au montage, le texte avance doucement pour ne rien brusquer, et s’effondre dans des situations globales (et parfois inutiles).

Les personnages ne peuvent pas réellement exister dans un tel traitement. Parce qu’en explorant trois étés, le long-métrage ne crée pas assez de matière pour expliquer l’évolution de ceux-ci. Ce que cherche la caméra, ce sont des attitudes sur le moment. Mais ces instantanés sont réduits dans leur propre solitude, puisque le passé n’est jamais remis en question. Les personnages sont posés vers des situations « voilà ce qu’ils sont devenus », point. C’est pour cela que la mise en scène est en pointillés, parce qu’il n’y a pas vraiment de ressource à utiliser pour déterminer une sensation, une émotion, un objectif de comportement. Telle une balade aléatoire et spontanée, qui n’est jamais reliée à une logique de personnages. Comme si chaque nouvel été est une nouvelle version du précédent, sans faire progresser l’idée de l’absence.

Dans ces différents étés, il y a pourtant trois lieux distincts. La diversité qui existe entre Paris, Berlin et New York est évidente, mais n’est jamais retranscrite dans ce film. Les personnages errent dans ces espaces comme s’ils n’y appartenaient pas. Pourtant, le long-métrage a choisi de les y amener, par rapport à la fatalité de l’absence. Il est dommage de voir à quel point ces villes ne représentent qu’une nouvelle étape dans la vie / le destin des deux protagonistes, et rien de plus. Ce sont des lieux sans âmes, qui n’offrent rien d’autre qu’un boulot et des relations entre personnages. Tout est de fond, la forme ne s’empare jamais de ces espaces pour en altérer la différence entre fantasme et fatalité. Ils sont là, mais ils sont également morts.

2 / 5

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