Bright Star

Bright Star

2010, année des réalisatrices ou presque. Alors qu’une femme remporte au nez du plus grand succès au box office les plus prestigieuses récompenses, Jane Campion revient en salles. Certes, son nouveau film Bright Star a fait l’actualité en 2009 (Cannes…), mais sa sortie en France a eu lieu en ce début d’année. Celle qui avait ouvert la voie royale aux femmes réalisatrices avec une Palme d’Or pour sa Leçon de Piano, démontre qu’elle sait toujours magnifiquement mettre en images de belles histoires. Et quelle histoire!

Bright Star, c’est avant tout le titre d’un poème de John Keats, célèbre poète romantique anglais consacré après sa mort comme l’un des plus grands auteurs de son temps. Il est toujours un peu présomptueux d’être célébré de son vivant, apparemment. Et de John Keats il est question ici, puisqu’on parle des derniers de sa (courte) vie, de sa vie d’auteur sans le sou, hébergé par un confrère, et de la découverte de l’Amour en la personne de sa voisine, la timide mais décidée Fanny Brawne. Entre les deux se tissent une relation de non dits, de jeux, où tout en connaissant leurs forts sentiments l’un envers l’autre, chacun avance pas à pas vers l’autre sans forcer les choses. Dans une société où les courtisans savent prendre patience, et où les règles sont pour le moins stricte, difficile pour les deux amants de déclarer leur passion au grand jour, même si tous connaissent leur secret. Qui plus est, l’ironie d’un auteur romantique étant de ne pas prendre en compte ses sentiments lors de choix décisifs, peut se révéler complexe lorsqu’on en perd le contrôle. Et la jeune Fanny est tout sauf contrôlable.

Nous voici donc devant un film romantique par excellence, un nouvel épisode de Roméo rencontre Juliette, mais ce sera tout sauf simple. Et durant deux heures, Jane Campion nous promène dans la campagne anglaise, entre dîners, soirées dansantes, et la rencontre de deux êtres fait l’un pour l’autre. Ce qui semble vu et revu ne l’est plus ici, de par la simplicité et la beauté des images, de la lumière, du cadre choisi par sa réalisatrice. C’est donc un réel enchantement, et une vraie magie qui se dégage de ce jeux de dupes menés par Ben Whishaw (I’m Not There, The Perfume…) et Abbie Cornish (Candy, A Good Year…), tous deux sidérants de justesse dans leur rôle. Et si finalement Bright Star touche directement le spectateur, c’est qu’au delà d’une une histoire très classique, son auteur nous offre un cadre hors normes, élevant l’ensemble au rang d’une réelle œuvre à part entière. Un magnifique film, maîtrisé, dont la dramaturgie ne surprendra personne, mais viendra rajouter un tome de plus dans les classiques du romantisme.

 

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