Breathe

Breathe

Voilà le carton tant redouté au début du film : « ce qui suit est une histoire vraie ». Est-ce le signe d’un grand message d’amour ? Ou est-ce l’indice d’une catastrophe artistique qui s’annonce ? La réponse est rapide : c’est la seconde option. Produit par Jonathan Cavendish, fils du personnage principal, qui rend hommage à ses parents avec ce film. Sauf que le monsieur a du mettre un tas de pression sur Andy Serkis pour épurer et éradiquer toute envie de style artistique personnel, jusqu’à rendre le scénario de William Nicholson très académique et explicatif. Larmoyant et mélodrame pathos à souhait, le film ne cesse d’essayer de tirer les larmes des spectateur-rice-s pour n’en retenir que le récit. Bien que l’histoire contée est touchante et bouleversante, la transposition en film de cinéma est un échec.

Voilà un nième film où la patte et le regard du producteur se fait sentir à chaque plan, à chaque scène, dans chaque réplique. Sauf que certains, en 2018, n’ont pas encore compris qu’un film est l’oeuvre d’un-e cinéaste et non celle d’un-e produteur-rice. Bien que le récit soit profondément humain, la réalité brute et dure recherchée est trop fictionalisée, trop placée dans le spectacle de l’émotion facile. On recherche les travellings avant qui forcent les pleures, et on cherche les plans fixes sur les visages attristés et résignés. Il n’est pas nécessaire, par exemple, de trop développer sur l’utilisation de musiques additionnelles, qui ne font que renforcer la volonté tire-larmes du cadre. Tout comme ces flashbacks dans le final du film, qui ne sont en fait que des images du film que l’on a déjà vu durant les deux heures… Si cela n’est pas une preuve de larmoyance…

Il est aisé de remarquer qu’Andy Serkis a passé beaucoup trop de temps à Hollywood, dans une machine qui a ses schémas prédéfinis et ses calques. Tout son film n’a rien d’un drame, mais tient entièrement du mélodrame qui manque cruellement d’inspiration. Que ce soit dans la mise en scène ou dans l’esthétique, BREATHE est totalement fade, neutre et ne cherche jamais à créer une ambiance autre que la larmoyance. Déjà que le film s’étire inutilement sur deux heures, Andy Serkis et William Nicholson découpent le film en trois parties. Celle de la rencontre et de l’aventure amoureuse, celle de l’hôpital, puis celle de la vie difficile au domicile. Alors que le film aurait pu prendre des tas de directions intéressantes (pas de liste, nous ne sommes pas là pour refaire le film), Andy Serkis choisit la facilité et laisse la caméra témoigner de façon insipide les situations.

Comme si BREATHE tente de rejoindre la délicatesse et la justesse de UNE MERVEILLEUSE HISTOIRE DU TEMPS, sans jamais en atteindre la volonté d’y rechercher une quelconque possibilité artistique. Noyé dans le classicisme de l’exécution, BREATHE et Andy Serkis n’ont de louables que l’intention, pour finalement dérouler une mécanique rouillée du mélodrame. Esthétiquement constamment à la recherche du « beau », le film n’atteint jamais la texture dramatique qu’il devrait avoir, et ne fait jamais preuve de distance entre le sujet et le contexte de ses personnages.

BREATHE
Réalisé par Andy Serkis
Scénario de William Nicholson
Avec Andrew Garfield, Claire Foy, Ed Speelers, Tom Hollander, Hugh Bonneville, Ben Lloyd-Hughes, Miranda Raison, Camilla Rutherford, Penny Downie, Amit Shah, Jonathan Hyde, David Wilmot, Stephen Mangan
Royaume-Uni / 1h58 / 2018

1.5 / 5

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