BlacKkKlansman, critique pop d'une Amérique perdue

BlacKkKlansman, critique pop d'une Amérique perdue

Cannes 2018 – Compétition Officielle

Spike Lee a toujours des choses à dire : on l’entendait moins depuis quelques temps. Mais à travers une série Netflix (l’adaptation de son propre film SHE’S GOTTA HAVE IT) et une sélection cannoise, le voilà de retour, et en forme avec BLACKKKLANSMAN  pour prendre part aux discussions de notre époque, entre Trump et les mouvements sociaux aux Etats-Unis.

Son film se base sur une histoire vraie dans les années 50, celle d’un policier afro-américain qui va réussir à infiltrer les rangs d’un KKK qui avait à l’époque une vitrine officielle. En reculant dans le temps, BLACKKKLANSMAN fait évidemment un parallèle avec aujourd’hui, autour d’une époque charnière : celle de fin de la ségrégation (mais non de la fin des tensions communautaires). En suivant notre héros, le charimastique John David Washington (fils de Denzel), c’est un visage connu de l’Amérique que nous retrouvons. C’est aussi la confirmation que le pays avance, aveugle, à travers les décennies sans réellement apprendre.

Spike Lee fait d’un film somme tout conventionnel sur la forme un pamphlet politique assez adroit. En soignant sa présentation pour le grand public, il propose un film pop, funk & décomplexé qui aborde la haine des white supremacists non sans ironie, voir une certaine innocence. Mais tout cela dissimule un vrai regard sur la société, démontrant que l’oubli et l’absence de consciences politiques peuvent avoir des conséquences à long terme. En dehors d’une introduction comique plutôt adroite, c’est réellement la fin du film, prenant appui sur les événements en cours (à travers des images d’archives) qui finissent d’asseoir le propos. En présentant une histoire de flics un peu maladroits et un KKK remplis d’idiots, Spike Lee répond avec humour aux questions sociales, et surtout interroge le public sur sa capacité à réfléchir. Percutant.

4 / 5

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