Bêtes blondes

Bêtes blondes

Le cinéma français a quelques auteurs et cinéastes qui tentent des choses, qui font des propositions de cinéma osées, qui offrent des expériences esthétiques rares. On pense tout de suite à des cinéastes comme Rebecca Zlotowski, Justine Triet, Céline Sciamma, Bertrand Bonello, Alain Guiraudie, Sébastien Betbeder, Antonin Peretjatko, Guillaume Brac, Yann Gonzalez, Bertrand Mandico, et j’en passe d’autres tout aussi importants. Puis, il faudra maintenant également compter sur Maxime Matray et Alexia Walther. Parce que BÊTES BLONDES, distribué par les mêmes personnes que LES GARÇONS SAUVAGES et DIAMANTINO, se range dans ce cinéma français qui ose et qui a une dimension folle dans son traitement. Ce long-métrage est assurément perché, entre burlesque, cocasserie et romance surréaliste. Les deux cinéastes nous/vous invitent donc au cœur d’un voyage décalé, voyage emmené par Thomas Scimeca, qui transporte le récit dans plusieurs univers différents. L’amnésie du protagoniste est une magnifique occasion, pour les cinéastes, de se permettre à ouvrir les portes d’espaces et d’esprits différents et issus de l’imagination.

Le meilleur coup de Maxime Matray et Alexia Walther, est d’utiliser la comédie pour mettre en scène le drame, et de ne pas plonger entièrement dans un film comique. Parce que BÊTES BLONDES n’est pas qu’un film loufoque et surréaliste. Il y a un vrai cœur abîmé au sein de son regard. La comédie est ce qui permet d’entrer dans la dramaturgie, de l’appréhender sans qu’elle soit trop perturbante. Maxime Matray et Alexia Walther travaillent alors sur le mouvement constant, celui qui allie la perdition des personnages avec leur folie. Parce qu’ils sont troublés psychologiquement, alors cela provoque une folie physique et une entrée dans plusieurs univers imaginaires. Sans oublier que le film se dote d’un côté animal qui permet à la mise en scène d’être très directe. Dans le sens où, avec ce côté animal / sauvage des attitudes des personnages, BÊTES BLONDES réussit à créer une liberté entière dans le développement du surréalisme. Grâce à tout cela, Maxime Matray et Alexia Walther parcourent plusieurs espaces, sautent d’un espace à un autre avec de nombreuses ellipses brutales, sans que cela ne soit choquant. Tout simplement parce que les imaginaires développés s’offrent à l’amnésie du protagoniste, parce que les espaces deviennent un à un des éléments qui permettent de reconstruire le protagoniste.

Telle une esthétique de la projection : l’imaginaire loufoque des esprits devient le surréalisme des espace, l’étrangeté des personnages secondaires constitue le mystère du voyage, et les artifices des différents univers développent une vie cocasse pour le protagoniste. Le plus intéressant dans BÊTES BLONDES est que la construction de l’imaginaire et du voyage se fait par le spleen. Parce que le protagoniste est en partie amnésique et perdu, les deux cinéastes réussissent à faire appel à la mélancolie. Celle d’un cinéma amnésique qui oublie les gestes artistiques du passé, et semble se conforter dans une pluie de conformisme. Sauf que, quand on s’emploie à faire jouer l’aléatoire et l’imaginaire, il est possible de se laisser porter dans un voyage où tout est possible et surprenant. Conte poétique sur l’art d’imaginer, et conte poétique sur le pouvoir mystérieux et loufoque de personnages en dehors de l’ordinaire. BÊTES BLONDES est un essai presque transformé, qui prouve que tout est possible au cinéma. On pourra simplement reprocher que les espaces et les univers traversés sont trop éphémères, qu’ils alimentent moins la mélancolie et davantage le surréalisme, que le film ne prétend pas les maintenir dans une ambiance qui se consacre uniquement au voyage.


BÊTES BLONDES
Écrit et Réalisé par Maxime Matray & Alexia Walther
Avec Thomas Scimeca, Basile Meilleurat, Agathe Bonitzer, Youssef Hajdi, Margaux Fabre, Pierre Moure, Paul Barge
France
1h41
6 Mars 2019

3.5 / 5

🎙 C'est nouveau et c'est beau : le podcast d'Onlike donne la parole aux artistes et artisans qui font l'actualité de la musique en France et à l'international. Cliquez ici