Amin

Amin

Il ne serait pas juste de réduire le cinéma de Philippe Faucon à du cinéma social. Le cinéaste réalise surtout des fresques profondément humaines, loin du militantisme, mais totalement encré dans un regard rigoureux qui tend à mettre en lumière ce qu’il y a de plus discret et tenu sous silence. Après le succès de FATIMA, ayant même reçu un César, Philippe Faucon revient sur le grand écran (après la mini-série FIERTÉS) plus pessimiste. Après FATIMA où le cinéaste a exploré l’ancrage dans une société via des personnages qui se lient entre eux, avec sacrifices et persévérance, il revient dans AMIN avec un regard plus sombre et négatif. Se déroulant entre deux pays, le Sénégal et la France, le film suit des personnages qui ont quitté leur pays d’origine pour trouver une chance d’offrir une meilleure vie à leur famille.

Philippe Faucon dresse ici un constat, un regard désabusé sur le déracinement et sur l’immigration. Il ne cherche pas à résoudre les problèmes, il ne cherche pas à trouver l’espoir ni même le désespoir. La caméra du cinéaste se fait le témoin alerté d’une situation passée trop souvent sous silence. Ainsi, AMIN n’est pas un personnage symbole. Il y a aussi d’autres personnages, certes secondaires, qui sont confrontés à une situation similaire mais avec des difficultés autres. Ce n’est pas un évantail, ce n’est pas une généralité, mais un portrait profondément humain qui tend à rendre une dignité à des personnes que l’on regarde pas, que l’on n’écoute pas. Philippe Faucon ouvre son portrait, entre l’étirement géographique et le gouffre psychologique.

Mais ce n’est pas la seule chose qui s’ouvre dans le cinéma de Philippe Faucon. Après le succès de FATIMA, le cinéaste a compris qu’il a besoin de transformer son approche, sans pour autant changer son regard. Alors que tous ses précédents films se déroulaient en majorité en intérieurs, AMIN montre que le cinéaste ouvre les espaces de ses films. Même si cela permet d’accompagner ses protagonistes de mystères, ce n’est pas le plus marquant. Ce qui est important, c’est la manière de montrer que chaque espace est un défi différent pour Amin et les autres personnages dans la même situation. En ouvrant ses espaces dans sa mise en scène et dans sa narration, Philippe Faucon arrive à créer un miroir plein d’échos entre la France et le Sénégal. Les attitudes et les actes se répondent, sans pour autant se croiser (sauf au montage).

L’ouverture des espaces amène une nouvelle dimension au cinéma de Philippe Faucon : les personnages sont en plein voyage, aussi bien physiquement que psychologiquement. Au-delà du tiraillement entre une société bien encrée et une situation personnelle complexe, les personnages sont soumis à la solitude des corps dans une modernité cruelle. Le cinéaste choisit alors une mise en scène sereine, sans trop d’effets, avec des attitudes empruntées au réalisme. Une mise en scène sereine alors que l’ambiance est dévastée par beaucoup de souffrances intimes, entre la solitude et le déracinement. La mise en scène se conjugue parfaitement avec la forme, où l’esthétique est traitée avec grande épuration, sans excès de photographie ou de mouvements de cadre, pour au mieux laisser paraître la complexité de la solitude et du déracinement. C’est donc au spectateur-rice de créer sa propre couleur esthétique vis-à-vis de ce qu’il voit, d’appliquer son empathie envers une mise en scène sensible et respectueuse.

AMIN
Réalisé par Philippe Faucon
Scénario de Philippe Faucon, Yasmina Nini-Faucon, Mustapha Kharmoudi
Avec Moustapha Mbengue, Emmanuelle Devos, Marème N’Diaye, Nourredine Benallouche, Fantine Harduin, Loubna Abidar, Moustapha Naham, Jalal Quarriwa, Samuel Churin
France / 1h31 / 3 Octobre 2018

4 / 5

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