America

America

Avec son titre et son affiche, l’intention du film est vite compréhensible, et sa direction est toute tracée. C’est la direction prise qui est intéressante, là où le geste documentaire ne se résigne pas à celle des personnes interrogées. En allant tourner que dans un village d’Arizona (ce que certains s’amusent à qualifier « d’Amérique profonde »), Claus Drexel cherche à comprendre la bascule entre l’Amérique éternelle. Les figures passées, les cow-boys, les grands horizons, ceux qui sont isolés et vivent simplement, etc… sont tous là. et l’Amérique où Donald Trump finit par devenir président. AMERICA se concentre alors sur ce qu’il y a de plus terrifiant : le port d’armes, les personnes étrangères, la guerre, l’économie, la santé, la foi (dont une délicieuse scène dans une église). Le cinéaste choisit alors un symbole fort pour trouver ses figures : la fameuse Route 66, synoyme de tant de choses, permettant au film de s’arrêter dans un espace idéal mais étrangemment devenu l’ombre d’un rêve.

Ce que filme Claus Drexel entre les témoignages, c’est le temps qui s’est arrêté dans ce village. Les figures de cet espace vivent bien loin de la complexité d’une grande ville (telle que New York, Las Vegas, Washington D.C., Los Angeles, etc…). Comme le dit si bien l’un d’entre eux, il ne se préoccupe pas de la politique et de l’économie, ni de toutes ces choses superflues. Il fait ce qu’il a à faire, il travaille et boit, et il continue ainsi. Il vit sa vie comme il l’entend, simplement et modestement, et ça lui convient. Il n’a besoin de rien de plus. Autour de ces témoignages, c’est un humour grinçant qui s’instaure. Sans jamais juger, mais toujours respectueux et bienveillant, le cinéaste dresse le portrait d’une Amérique éternelle aux figures attachantes. Comme dans son précédent documentaire AU BORD DU MONDE (2014), les personnes filmées sont perdus dans une époque qui ne leur correspond pas. Ce qui les rend unique dans AMERICA, c’est leur manière d’être plein de contradictions. Ce qui fait d’eux, comme les sans-abris du précédent documentaire, des visages cinématographiques forts (presque des anti-héros, certes impuissants, mais entiers).

Ces personnes sont fascinantes parce que le film nous montre qu’il y a deux contrastes importants. Ces figures de l’Amérique éternelle sont résignées face à leur situation, mais leur amour pour leur pays n’a pas pris une ride. Donc un contraste entre patriotisme et abnégation. Mais ils sont aussi partagés entre l’admiration et la méfiance. Ils admirent tout ce qui constitue leur être, tout ce en quoi ils croient. Cependant, ils se méfient des autres, étant remplis de suppositions et d’illusions pessimistes. Mais au fond, ils sont tout aussi attachant parce que le film ne montre pas cette méfiance comme quelque chose de négatif. C’est certes une contradiction avec l’admiration du pays, mais c’est aussi la recherche de la liberté à travers la protection. Une liberté fortement bien représentée par Claus Drexel, qui choisit le cadre fixe, un angle large et des plans-séquences pour écouter ces figures. Toutefois, le dispositif est assez redondant et ne comporte pas une seule nuance. Le documentaire s’enlise pendant 82 minutes dans ces contrastes, dans l’écoute de ces contradictions, à tel point que le montage devient une sorte de déroulement de vignettes. Avec ce rythme presque télévisuel, le documentaire stagne et ne nous apprend rien de plus. Il vaut seulement la peine pour l’écoute de ses figures, pas tellement pour sa construction, et encore moins pour son langage effacé (il ne répond pas à sa question posée sur l’affiche).

AMERICA
Réalisé par Claus Drexel
Type : Documentaire
Pays :
États-Unis
Durée : 1h22
Sortie française : 14 Mars 2018

3.5 / 5

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