Alice et le maire

Alice et le maire

Il y a des signes qui ne trompent pas, surtout quand on voit que Fabrice Luchini est au casting : ici, cela signifie que nous aurons le droit à un film hyper bavard. Mariage donc logique entre Fabrice Luchini, reconnu pour sa passion des mots et de la littérature, et le cinéaste Nicolas Pariser, qui nous avait déjà montré avec son premier film LE GRAND JEU qu’il préfère les mots à l’esthétique. Nous tenons encore là un film de scénario, un film qui se pense d’abord par le fond à laquelle vient se coller une forme déduite. ALICE ET LE MAIRE, à l’image de LE GRAND JEU, mise tout sur le sens de l’écriture et sur le mystère des personnages. Il faut notamment savoir que Nicolas Pariser se dote ici d’une parole très philosophique, et même heureusement qu’il y a tout un récit autour des interactions philosophiques. Le cinéaste, anciennement journaliste, a un très beau style pour varier la parole selon un contexte. Mais c’est uniquement ce que l’on retient.

Malgré la réelle volonté de faire tomber les masques de ses personnages à force de dialogues philosophiques et d’avancée narrative, les personnalités des personnages peinent à ressortir. ALICE ET LE MAIRE ne fait aucun doute, il fait partie de ces films s’inscrivant dans le « cinéma littéraire » où l’enjeu est davantage sur le papier que sur l’écran. Toutefois, malgré le trop plein de mots et de répliques, Nicolas Pariser réussit avec sa forme classique à capter les réactions des visages face à la parole d’autrui. Au-delà de corps très inexpressifs, l’essentiel se déroule sur les expressions de visages. Fabrice Luchini fait du Fabrice Luchini sans touche supplémentaire, et malgré tout l’amour que l’on a pour Anaïs Demoustier, elle semble autant égarée que son personnage dans ces espaces si creux et figés. Il est clair qu’aucun espace n’a d’impact sur les personnages, il est tout aussi clair que les espaces ne sont qu’un contexte qui ne sont pas au service de la crédibilité esthétique.

Même si une petite part de comédie bien confier un peu de légèreté au film, notamment au rôle de Fabrice Luchini, le film semble adopter le principe de la mise en scène qui « tourne en rond ». Nicolas Pariser n’a tellement rien d’autre à proposer que sa parole bavarde (même si variée), alors le film se perd complètement dans la répétition et l’étirement infini de situations. ALICE ET LE MAIRE montre effectivement de l’ambition, même sur les situations qui sont expédiées : les espaces sont souvent éphémères car il y a toujours une contrainte temporelle dans la politique présentée dans le film. Cependant, à force de vouloir philosopher et réagir avec naturalisme sur une opposition pensée / action, les espaces présentés comme connus (et en quelque sorte communs) n’ont absolument rien de singuliers. Malgré les mouvements permanents du maire (Luchini) et de sa conseillère en pensée (Demoustier), les espaces sont comme absorbés par le trop plein de paroles, ils sont vidés de toute leur substance dramaturgique pour ne devenir plus qu’un contexte. Les espaces sont noyés dans les discours-fleuves et sont inoffensifs pour les personnages à cause d’un rythme qui tombe très rapidement. Nicolas Pariser sait rythmer un dialogue, mais il peine quand il s’agit de rythmer un montage et de donner du caractère aux espaces.


ALICE ET LE MAIRE
Écrit et Réalisé par Nicolas Pariser
Avec Fabrice Luchini, Anaïs Demoustier, Léonie Simaga, Nora Hamzawi, Maud Wyler, Antoine Reinartz, Alexandre Steiger, Pascal Reneric, Thomas Rortais, Thomas Chabrol
France
1h43
2 Octobre 2019

2 / 5

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