Aïlo, une odyssée en Laponie

Aïlo, une odyssée en Laponie

Combien de films animaliers voit-on chaque année ? Est-ce que le tour de ce genre de film n’a pas déjà été fait ? Quelle est la nécessité d’un nouveau film ? Toutes ces questions se posent quand on voit le film, et elles se compliquent quand on constate son succès au box-office finlandais. Y a t-il toujours un large public pour ce type de film ? Cette interrogation se pose car il s’agit d’un film familial (l’intention de réalisation et de production) mais qui insiste sur les exploits de tournage (dans des conditions climatiques extrêmes). AÏLO UNE ODYSSÉE EN LAPONIE se concentre donc sur un faon de sa naissance jusqu’à son premier anniversaire. En mode raccourcis accélérés (1h26 de film pour une année dans la vie d’un faon), le film qui lorgne constamment entre fiction et documentaire, est un joli film familial. Largement destiné à un jeune public, le film raconte l’apprentissage d’un faon dans un monde qu’il doit apprendre et affronter. Et le film n’ira pas plus loin que le discours répétitif sur le courage et la force. Comme une sorte de best-of de la première année de la vie d’Aïlo, le film se déroule sur une chronologie temporelle sans surprise, assez scolaire mais évidemment nécessaire.

Il est possible de faire des films à destination du jeune public, et d’approfondir le discours et le regard. Revoyons TOY STORY 3, SPIDER-MAN NEW GENERATION, MARY POPPINS, LES GOONIES, etc… Le film de Guillaume Maidatchevsky manque cruellement d’un autre regard : celui qu’il pourrait apporter sur les espaces qu’il filme. En faisant transpirer ses exploits de tournage, il oublie d’en regarder les espaces filmés et d’en faire un personnage supplémentaire. Les espaces traversés par Aïlo ne sont que des obstacles, des défis à relever avant d’atteindre l’âge adulte. C’est juste un joli espace plein de menaces, où il fallait marcher de gauche à droite, pendant des kilomètres, parce que c’est banalement ce que font les rennes. AÏLO UNE ODYSSÉE EN LAPONIE est un conte animalier, et non un conte naturel. Voilà son plus grand défaut. Il n’y a aucun regard sur les paysages naturels, ni sa flamboyance ni ses nuances ni l’empreinte d’un monde bouleversé ni la mélancolie écologiste. Le film se résume alors à un prisme pédagogique, didactique et superficiel. Surtout qu’il est apparemment nécessaire d’insérer quelques pointes d’humour pour rester dans le caractère enfantin, et de préserver un ton qui ne pousse pas très loin l’idée d’apprentissage. Jusqu’à même aller dériver le regard et le temps de montage sur d’autres animaux, quitte même à prendre leur point de vue durant quelques minutes qui nous sortent du film.

A croire que l’apprentissage d’Aïlo ne sert pas à nous faire découvrir une vie unique ou un paysage qui a ses propres caractéristiques, mais qui sert à donner un cours sur les rennes et les faons (et les autres êtres vivants qu’ils peuvent rencontrer sur leurs chemins). C’est bel et bien une fable familiale et pédagogique, puisque la voix d’Aldebert est très appuyé sur le ton de la beauté primaire. Vous savez, cette manière de dire à un enfant « oulala, c’est beau » et « oulala, c’est dangereux ». La voix off d’Aldebert est appréciable au début, mais sa présence constante appuie douloureusement sur le prisme pédagogique et superficiel, en écartant les paysages de toute leur possibilité poétique, pour garder uniquement leur caractère dramatique. Ajoutez à cela un trop plein de musiques qui vient surligner une ambiance qui n’en n’a pas besoin, et qui vient accentuer grossièrement des mouvements pour forcer les émotions. Mais le problème n’est pas là, car les enfants n’y verront que du feu. Ils ne s’apercevront pas non plus de la pauvreté du montage et de l’esthétique. Certes il y a l’exploit d’avoir tourné dans ces paysages, dans des conditions extrêmes. Mais cela ne fait pas un bon film. L’intérêt aurait été d’en avoir fait quelque chose, d’y conjuguer une esthétique plurielle. Or, Guillaume Maidatchevsky crée une succession intempestive de plans moyens avec des plans larges, de focus sur Aïlo avec ensuite des transitions aux explications plus générales. Parfois agrémenté de gros plans, le film se répète bêtement dans l’esthétique, mettant la priorité à la parole et non au pouvoir des images.


AÏLO : UNE ODYSSÉE EN LAPONIE
Réalisé par Guillaume Maidatchevsky
France, Finlande
1h26
13 Mars 2019

2 / 5

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