Aga

Aga

Second long-métrage du bulgare Milko Lazarov, après ALIENATION en 2013. Présenté à la Berlinale de 2018, AGA n’est pas centré sur le personnage dont le titre est tiré. Le film se focalise sur un couple de Iakoutes qui vivent dans le Grand Nord. Dès le début, c’est un style contemplatif qui prend ses marques. Le film nous place directement dans la tradition et l’héritage d’une culture. Et pourtant, AGA ne s’enferme jamais sur cette culture et sur le mode de vie de ses deux protagonistes. Avec davantage de plans en extérieurs qu’en intérieur, et avec le choix d’avoir beaucoup plus de plans larges et de plans d’ensemble que de plans serrés, Milko Lazarov choisit l’ouverture des espaces. Avec leurs coins arrondis, chaque plan fait penser à des yeux grands ouverts, captant à la fois le ciel et la terre. L’ouverture des espaces dans AGA se fait par le lien entre deux espaces : le ciel et la terre se mêlent constamment, exprimant toute la portée métaphysique du sujet.

L’ouverture des espaces se fait également par des détails qui paraissent anodins. Les deux protagonistes sont profondément encrés dans leurs habitudes, dans des attitudes propres à leur environnement. Ils se doivent d’être en contact permanent avec l’extérieur, avec la nature qui les entoure : c’est ce qui leur permet de vivre, c’est qui rend leur quotidien si profond et intense. Sauf que Milko Lazarov ne fait pas un documentaire, il construit une fable sur une fin de vie bien remplie. Au sein d’un espace désertique et froid, les deux protagonistes continuent inlassablement, jusqu’à perdre légèrement la mémoire ou halluciner. Cependant, la vie de Sedna et Nanook (hommage évident au film de Robert Flaherty) a quelque chose de mystérieux mais d’exquis. Le film, dans son immensité spatiale et son regard sur la fin de vie, ne dessine pas d’horizon pour ses protagonistes. La limite est celle de l’esprit des personnages, qui percent toujours vers une extrémité du désert.

AGA est une expérience formelle fabuleuse, aussi bien dans son esthétique de l’extérieur vaste, que dans la beauté de la vie domestique à l’intérieur. Mais la caméra ne fait jamais d’intrusion forcée, elle se pose et contemple ses personnages et les espaces, comme des moments précieux intemporels. La caméra capte aussi parfaitement la lumière douce des projecteurs ajoutés, mais surtout capte la lumière naturelle dans toute la paisibilité qu’elle offre. Avec tous ces plans, AGA met en scène un espace à la fois mental et graphique. Le film de Milko Lazarov est davantage qu’une fable sur la fin de vie. A la fois métaphysique et très construit esthétiquement, AGA est une chronique poétique et amoureuse, sur la fin d’une vie sauvage et nomade. Avec ce dernier plan incroyable qui montre la direction tragique prise par l’homme, le cinéaste filme son inquiétude envers un environnement que l’humain détruit, et qui finit par amener à sa propre perte.

AGA
Réalisé par Milko Lazarov
Scénario de Simeon Ventsislavov, Milko Lazarov
Avec Mikhail Aprosimov, Feodosia Ivanova, Sergei Evorov, Galina Tikhonova, Afanasiy Kylaev
Bulgarie, Allemagne, France / 1h36 / 21 Novembre 2018

4 / 5

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