A Bout Portant

A Bout Portant

On avait quitté Fred Cavayé tout auréolé du succès de son premier film, Pour Elle. Alors que le (déjà!) remake américain de Paul Haggis ne va pas tarder à débarquer, voici le nouvel espoir du polar français déjà de retour avec une nouvelle virée en apnée, course poursuite haletante et sans temps morts du début à la fin. Fait il mieux? La réponse est oui.

Lorsqu’un futur infirmier (et futur père) doit sortir de son hôpital un dangereux criminel contre la vie de sa femme (enceinte, donc) et l’avis des forces de l’ordre, son quotidien s’en trouve changé. Et quand les vrais méchants ne sont pas ceux que l’on croit, sa fuite devient rapidement un enfer. Ne nous y trompons pas, Cavayé nous ressert un peu le même plat que précédemment, entre un héros motivé par retrouver sa moitié, et un film sous pression ne ménageant pas les temps morts. Mais la vraie réussite de ce A Bout Portant est de laisser sur le côté tous les aspects inutiles. Peu d’explications, de dialogues. On sert ici avant tout un thriller en bonne et due forme, forme de polar sans pause. Une nouvelle fois un homme ordinaire, réel, est plongé dans une situation qui le dépasse, et une nouvelle fois Fred Cavayé ne le transforme pas en surhomme, mais au contraire joue la logique de la situation. Cet espèce de Jack Bauer (sans le badge) à la française saute, cours, vole pour sauver sa douce, sans trop se préoccuper du reste. Ni des conséquences.

Très noir dans la forme, le film ne ménage pas son duo d’acteurs principaux (Lellouche – Zem), bientôt rejoint par un glacial mais magnifique Gérard Lanvin, parfaitement à sa place ici. Tout comme l’histoire, les personnages avancent, l’histoire se dissout lentement et on comprend sans avoir réellement le temps de s’y arrêter. Voici l’exemple parfait d’un film où les quelques imperfections ou raccourcis de l’histoire semblent bien peu important face au seul intérêt du film : avancer. On aurait dit plus de mal sur les mêmes points si le film avait été raté, mais ce qui compte ici est d’avoir un récit dense, compact et parfaitement maîtrisé, où chaque scène conduit à la suivante. Plutôt court (1h24), A Bout Portant semble pourtant durer quelques dizaines de minutes de plus, tant on est aspiré dans la course poursuite qui dure quasiment toute la durée du film.

Un vrai bon film français (pour une fois), solide et racé qui saura divertir et tenir le spectateur en haleine. On en ressort avec la respiration coupée, et beaucoup d’envie de revoir très prochainement un réalisateur qui a su éviter le piège du deuxième film, transformant avec brio l’essai de son premier film.

3.5 / 5

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