20 Feet From Stardom

20 Feet From Stardom

<< Nous sommes des millions à connaître leurs voix, mais personne ne connaît leurs noms. Le film raconte l’histoire secrète des choristes qui se cachent derrière les plus grands hits de la musique populaire. Le film suit une demi-douzaine de ces chanteurs de talent à travers l’histoire de la musique. Chacun a sa propre expérience à partager, en marge de la gloire et des stars mondiales. >>

Nous sommes loin des expériences que l’on peut vivre devant Sugar Man, Marley ou même Rude Boy. Devant ces films, il y a déjà des idoles qui touchent le spectateur avant même que le film ne commence. Avec 20 Feet From Stardom, on découvre de grands talents cachés, de grandes vedettes de la musique. Quand on se remémore Sugar Man et Marley, les films fonctionnaient avec une forme telle un puzzle. Ces idoles étaient en pièces détachées, quelques fragments d’histoires que l’on connait, pour tout rassembler afin de donner un ultime rayon à ces lumières.

Alors qu’avec 20 Feet From Stardom, qui bascule sur la même temporalité que Marley, est juste là pour montrer. Certes le film offre plusieurs beaux plans. Mais en 90 minutes, ils sont trop minoritaires par rapport à l’ensemble du film. Le film a ce mélange de fiction et de documentaire très agréable. Il y a une façon intelligente de vouloir, à certains moments, appeler à l’imagination du spectateur dans des endroits vides. Pour mentionner un « ça a été » ici ou là, mais ce n’est plus, à vous spectateurs d’imaginer. Le spectateur ne participera qu’à trop peu de moments. Car le reste du film n’est que très illustratif. On a les témoignages face caméra (médiation), les situations actuelles des personnalités (temps réel), puis des images d’archives (souvenir). Ce mixe est un effort esthétique, car tout reste cohérent. Mais la seule invitation envoyée au spectateur, c’est cette découverte des talents. Le film fonctionne par cette démonstration toute lisse.

Que l’on soit dans la médiation, le temps réel ou dans les souvenirs, jamais le récit n’ira plus loin que l’anecdote contée. Le film en restera (toujours) explicatif. On se croirait devant un documentaire pédagogique mélangeant l’Histoire et la musique. Comme Morgan Neville n’a rien de particulier à filmer, qu’il n’a aucune idée de point de vue à prendre, il pose sa caméra et écoute ce que les personnalités ont à dire. Il en résulte des images vaines. Avec ce récit, le cinéaste aurait très bien pu en faire un livre. L’impact aurait été le même : on conte un passé extraordinaire, mais il n’y a pas grand chose à voir, par contre tout à entendre.

Il y a tout de même un grand travail sur le son. Normal, me direz-vous, c’est un documentaire musical. C’est vraiment le gros point fort du film. Le son, d’une grande qualité, est un vrai bonheur de chaque instant. Le cinéaste nous donne le droit d’écouter plusieurs genres pour un même discours. Son utilisation est millimétrée, très rigoureuse dans sa fonction. A la fois dans l’émotion et l’esprit légendaire, le son et la bande originale du film font de celui-ci un voyage musical envoûtant. Même si ce que l’on regarde est niais, le spectateur peut facilement se laisser emporter par la musique.

Ce n’est pas le seul point touchant du film. Car, même si la narration est très explicative, le sujet en reste pas moins intéressant. On vit, à travers les paroles, l’Histoire de la musique entre les années 70 et les années 90. Morgan Neville ne filme pas, mais parle bien de ces choristes qui étaient dans l’ombre des stars du moment. La manière dont ces choristes vivaient de cela, et comment elles sont devenues des solistes reconnues puis elles-même des stars. Un hommage sympathique, mais bien trop gentil dans son rythme et formellement.

En effet, Morgan Neville ne sait pas trop comment raconter son film, et ça se voit. Comme il se concentre sur plusieurs choristes à la fois, il ne les mettra jamais en lien. On devra suivre une ou deux histoires de choristes en même temps. De ce fait, le film fonctionne par chapitres. Même si, au montage, cela n’est pas explicitement montré, la structure narrative le prouve très visiblement. On passe, plusieurs fois, d’une histoire à une autre, sans transition ni point commun. A partir de là, comme le discours est le même pour chaque choriste, le film en devient très répétitif. Comme si, chaque chapitre est un spin-off du/des précédent(s). On devra tout de même souligner la dernière phrase du film, message d’une choriste, mais surtout message universel délivré par le cinéaste, sur la passion qui fonctionne de manière personnelle.

2.5 / 5

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