12 Jours

12 Jours

On sait que le Festival de Cannes aime avoir beaucoup de films qui secouent, qui sont pesants et pas très joyeux. Même en dans leur section hors compétition, comme avec 12 JOURS de Raymond Depardon. Le cinéaste est dans le même geste que lors de 10E CHAMBRE, INSTANTS D’AUDIENCE où des personnes sont « jugées », placées face à une personne représentant une institution. Le dernier film de Raymond Depardon a la même particularité de montage qu’avec 10E CHAMBRE, INSTANTS D’AUDIENCE : l’éternel champ / contre-champ qui oppose une parole à une autre. Ainsi, les cadres du cinéaste sont des images transparentes : l’écran est le reflet direct des personnes filmées, sans aucun effet ni intermédiaire. Mais surtout, la force du film est d’alterner les champs / contre-champs de manière scolaire, pour placer les « juges » et les « patient-e-s » au même niveau dans le dialogue.

Pourtant, chaque personne filmée est cruellement seule dans le cadre de Depardon (hormis lorsque les avocat-e-s parlent, dans un même cadre que les « patient-e-s »). Ces « patients » sont comme confrontés à un nouveau mur, tandis que les « juges » représentent les limites de la justice. Tel est le cas, parce que Depardon montre que peu importe le/la « patient-e » filmé-e, la même méthode s’applique et que la décision réservée est identique. Depardon montre, avec ces nombreux champs / contre-champs, qu’il y a une façon de lisser les jugements et de ne se fier qu’aux écrits. A partir du moment où la seconde personne est jugée, alors le film démontre que la liberté et l’autonomie sont des concepts restreints pour les patient-e-s.

12 JOURS théorise et relativise la folie à travers la solitude sociale (bien marquée par le cadre) et la solitude des corps (le regard fixe des juges, le corps qui déambule vainement, le corps qui se fige et puis s’en va, etc). Les quelques plans extérieurs du film sont forts de significations. Comme cet homme âgé, près d’un grillage, qui fait marche circulairement pendant un moment, avant de partir. Cet instant n’a pas besoin de parole pour exprimer une détresse solitaire ; Depardon théorise ici une tendance à la folie (et non pas la folie même). Mais aussi, il y a quelques moments où ces « patient-e-s » parlent et sont tout aussi touchants. Notamment quand une demoiselle se déplace vers la caméra et dit « merci pour le café, car je ne pouvais pas me le payer moi-même », ou alors dans la salle d’audience quand un patient dit « j’ai été attaché. Regardez les traces. Allez-y zoomez ». En ne répondant pas, Depardon ne s’implique pas, mais il garde ces images au montage pour solliciter le/la spectateur-rice à travers un regard inconfortable. A la manière du tribunal superficiel dans PUNISHMENT PARK, cette salle d’audience montre la souffrance telle qu’elle est, autant qu’elle montre la manière dont elle est entretenue.

12 JOURS de Raymond Depardon
Pays : France
Durée : 1h27
Sortie française : 29 Novembre 2017

4 / 5

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