11 Minutes

11 Minutes

Écrit et Réalisé par Jerzy Skolimowski.
Avec Richard Dormer, Paulina Chapko, Andrzej Chyra, Dawid Ogrodnik.
Pologne / Irlande – 81 minutes – 2015.
Festival de Cinéma Européen des Arcs 2015 : compétition.

Le cinéaste de DEEP END et du plus récent ESSENTIAL KILLING est de retour. Ici, il traite plusieurs personnages à la fois, mais dans des lieux différents. Le film est constitué d’un prologue qui présente quelques uns des protagonistes. Ensuite, le récit prend son ampleur et témoigne du parcours de ces personnages au fil du temps. En ayant autant de protagonistes, la temporalité est assez étroite. Tout en gardant un aspect mystérieux sur l’objectif des personnages, le récit ne se développe que sur onze minutes. Un concept, en soi. Mais une catastrophe, in fine.

Film choral passif
La masse de personnages dans ce long-métrage en font un film choral pur. Mais il y a quelque chose de radical dans le traitement de cette flopée de comédiens. Le principe du film choral, étalé sur même pas 90 minutes, oblige à resserrer les scènes sur les personnages. Ils ne font que des courtes apparitions, quelques répliques, avant que le montage ne bascule vers un autre personnage. Le film ne prend jamais le temps d’installer les situations, et fonce tête baissée dans les méandres du développement survolé. Les protagonistes n’expriment qu’une seule émotion durant tout le film, et leurs scènes ne sont que des extensions interminables d’une idée (une par personnage). Du coup, aucun n’est réellement et totalement détaillé, le long-métrage ne livre qu’un infime enjeu pour certains, et une errance pour d’autres. La passivité et le manque d’écriture (autrement nommé la fainéantise), c’est mal.

Un fourre-tout trop froid
En soi, un film sous forme de chronique(s) n’est pas une tare, mais peut donner à contempler. Le grand problème avec ces chroniques ci, c’est qu’elles ne sont aucunement cohérentes les unes envers les autres. Parfois, des personnages se rejoignent, mais leurs rencontres se déroulent à la fin du récit, donc d’une manière inutile pour créer un bouleversement quelconque. Parce que les soucis des personnages arrivent dès le début, et tout devient stable très rapidement. Comme rien ne progresse, le cinéaste se permet d’ajouter un multitude d’idées dans chaque arc de son intrigue. La fin, vraiment ridicule et vaine (qui pose davantage de problèmes qu’elle n’en résout), rassemble enfin tous ces personnages.

Mais avant, c’est avec une radicalité et une froideur que chaque arc prétend à mélanger les tons, les ambiances et les genres. Parfois en tentant de marier le passé avec le présent, ou le présent avec le futur, mais tout est gâché par l’environnement trop réduit. Le fourre-tout est surtout présent dans la mise en scène, complètement inégale même si très étroite. Avec la temporalité réduite à onze minutes, les attitudes des personnages sont limitées dans l’espace. Et surtout, ces personnages n’évoluent généralement que dans un seul (voir deux) espaces chacun. Cela conditionne aussitôt les comédiens à avoir une performance réduite, où ces lieux ne sont jamais en adéquation avec eux : ces lieux sont insignifiants pour les protagonistes et deviennent invisibles.

Des effets inutiles
Ces espaces et les comportements des personnages sont avant tout conditionnés aux effets soumis par la narration et le montage. Pour lister les plus évidents, et parmi les plus inutiles, il y a : les flashbacks, les répétitions d’attitudes, les ralentis, les inserts, etc. Les retours en arrière sont obligatoires dès lors que le récit ne tient que sur onze minutes, mais le changement de points de vue ne change pas à la répétition des éléments de l’intrigue. Parce qu’il s’agit, à chaque fois, de petits clins d’oeil pour faire croire qu’une seule action peut obtenir plusieurs points de vue. Or, même les ralentis ne sont pas crédibles, plutôt larmoyants. Sans parler des inserts et des plans subjectifs qui utilisent la beauté pour faire beau, donc pathétique.

1.5 / 5

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