Cannes NEXT : la création virtuelle en 2018, et après ?

Cannes NEXT : la création virtuelle en 2018, et après ?

Cette année le marché du film accueille de nouveau l’espace NEXT dédié aux nouvelles écritures, aux mondes numériques et plus particulièrement à une offre de films en réalité virtuelle. Mais NEXT 2018, c’est aussi la blockchain, la création numérique au sens large et un tour d’horizon de la création mondiale. Bilan ? La confirmation qu’il faut embrasser les évolutions technologiques et narratives, mais qu’il y a encore du chemin à parcourir en terme de contenus pertinents.

NEXT : le best-of

Tour d’horizon parmi les projets présentés de ceux que nous avons pu voir.

Crow : the legend, chapter 1 (Baobad studios)

C’était l’un des évènements de NEXT : la découverte de cette création par Eric Darnell, réalisateur venu de l’animation (MADAGASCAR) et déjà auteur des premiers films VR de Baobab. Pièce très visuelle et onirique revenant sur une histoire du folklore indien (USA), CROW propose une vraie interaction pour son audience, renforçant ainsi l’histoire qui se déroule sous nos yeux. Avec les voix de John Legend, Tye Sheridan, Constance Wu & Oprah Winfrey.

Wolves in the wall, chapter 1 (Fable studio)

Cette expérience adaptée de Neil Gaiman (très à la mode, quelque soit le format) a connu un réel engouement à Sundance 2018. Là aussi, le spectateur est en partie acteur de l’histoire, avec de réelles actions à accomplir pour alimenter le récit. Et ça fonctionne ! On aimerait découvrir les prochains chapitres rapidement…

Arden’s wake : expanded, chapter 1 (Penrose Studios)

Ce projet a beau avoir circulé depuis plusieurs mois (prix à Venise 2017 notamment), c’est toujours un réel plaisir de le revoir, et cette fois-ci avec les voix définitives d’Alicia Vikander et Richard Armitage. Une histoire père/fille, et un univers visuel parfaitement adapté à la découverte en 360 : un petit bijou.

Campfire creepers : midnight march (Future Lighthouse, Dark Corner)

Les français sont très présents en VR, et y compris pour les talents venus du cinéma. Alexandre Aja semble avoir déjà tout compris à l’immersion avec son premier projet, récit horrifique (évidemment) non dénué de second degré (bien sûr). Âmes sensibles s’abstenir, les jump scares sont réguliers !

Chorus (WITHIN, Annapurna Pictures)

On retrouve une forte équipe créative derrière ce projet : Tyler Hurd, Chris Milk et la musique du groupe Justice (cocorico !). Ceci dit, cette singulière aventure visuelle, en partie interactive, ressemble beaucoup à LIFE OF US, le précédent projet de Milk. Un univers fantasmagorique, des créatures étranges et une avancée inexorable vers l’inconnu… CHORUS se parcourt sans déplaisir mais sans un peu le réchauffé.

Chasing the world: Nepal (Daniel Bury)

Déjà présent à Cannes 2017 pour présenter ses premières aventures autour du monde, Daniel Bury est un globetrotter insatiable doté d’une caméra 360 et d’une réelle envie de rencontrer des cultures différentes. Le voilà au sommet du monde, ce Népal se relevant avec peine d’un gigantesque tremblement de terre. L’exploration de Bury, montée avec intelligence, permet de mieux comprendre la situation sur le terrain, en compagnie de ses propres habitants.

Dinner Party (RYOT News)

Dans le « genre », la réalité virtuelle tente beaucoup de choses. Voici raconté le premier enlèvement extraterrestre aux Etats-Unis, sorte de mix entre The X-Files et du David Lynch pour l’amoncellement d’effets proposés. C’est efficace, bien qu’assez anxiogène : attention aux expériences trop stressantes !

Isle of the Dead (Les produits frais, ARTE)

ARTE a lancé l’an passé la commande d’une série de « visites virtuelles » de tableaux de maîtres, à plusieurs producteurs. L’ILE DES MORTS (en VF) nous emmène vers cette mystérieuse destination, partant de notre réalité vers les confins des mers. Court, fascinant et surtout visuellement abouti.

Trinity (UNLTD)

Plus trailer qu’autre chose, TRINITY laisse percevoir toutes les possibilités d’une expérience multi-niveaux en VR. Si graphiquement tout n’est pas encore parfait, l’amoncellement de réalités, la position du spectateur dans l’histoire et le montage font le reste. Intriguant.

Your spiritual temple sucks (Serendipity Films)

Proposé en 8K sur le stand de Wide VR, YSTS est une farce taïwanaise assez absurde où un esprit religieux un peu fainéant juge votre quotidien. Drôle, et surtout bluffant à l’image, on a enfin trouvé une expérience visuellement performante.

Exodus : the great migration (Deep VR)

Dans le lot de documentaires présentés, EXODUS se distingue par une vraie histoire (et non une simple observation) et une réalisation adaptée au medium. On avance avec un immense troupeau en migration, et on découvre toute la beauté de ce coin du monde.

On reprendra bien un peu de… transmedia ?

L’industrie « nouveaux médias » a un peu laissé tomber le mot transmedia au fil des années, cherchant sans doute à prouver qu’elle était capable de développer des projets 100% originaux. Pour autant la réalité virtuelle surfe sur cette possibilité d’étendre un univers existant, pour mieux conquérir un public déjà acquis. Quelques exemples étaient à Cannes :

Dans la peau de Thomas Pesquet (La Vingt-Cinquième Heure)

Thomas Pesquet est rentré de son séjour dans l’espace avec nombre de projets, et la présentation en VR de son aventure n’est qu’un contenu parmi d’autres (documentaire, épisodes VR…). Assis sur un fauteuil 4DX, on est réellement à même de vibrer aux séquences nous montrant l’étendue de sa mission.

Isle of dogs : behind the scenes VR (Felix & Paul Studios)

Au départ l’idée de voir un making-of de L’ILE AUX CHIENS en réalité virtuelle ne faisait pas sens, mais le talent de l’équipe derrière le film joue pour beaucoup. Nous voilà donc sur le plateau, à écouter les héros (chiens) nous parler de leur expérience, tout en observant l’équipe de tournage en train de créer. Et dans tout cela, sans doute pas mal de clins d’oeils à voir ou revoir. Finalement, c’est peut être la meilleure expérience vue cette année à Cannes !

Save every breath : Dunkirk VR (Warner Bros)

Mise en ligne l’été dernier pour assurer la promotion du film, SAVE EVERY BREATH joue aussi sur les trois terrains (terre, mer, air) pour réellement présenter le concept du film. En siège 4DX, c’est encore plus impressionnant !

Masters of the sun (Dive2VR)

Kamoulox : les Black Eyed Peas adaptent leur comics (!) pour cette bande dessinée chapitrée où ils se transforment en héros guerrier près à affronter les dieux égyptiens. C’est plaisant à lire, même si on doit se laisser guider par le récit.

NEXT : in !

Au Marché du Film, sur les cinq premiers jours du Festival de Cannes, le corner NEXT semble avoir trouvé sa place depuis 2017, bien au chaud dans le Palais. Une série de stands, studios ou pays, mais aussi une librairie (avec 3 zones suivant le modèle de casque à utiliser) et un cinéma VR d’une trentaine de places : le modèle trouvé semble fonctionner, et il n’aura pas été difficile d’y tester plusieurs dizaines de projets. Au programme : des projets narratifs, collaboratifs, interactifs. La réalité virtuelle cherche encore comment développer son propre storytelling (suivant les technologies et intentions de chaque projet), mais les pistes étudiées sont désormais claires. Qui dit Marché, ne dit pas toujours qualité, et c’est normal : à travers l’offre mondiale présentée ici (+150 projets) ce sera au spectateur de choisir les projets les plus pertinents.

Et il y a du potentiel. A côté de certains gros studios du secteur immersif (déjà reconnus pour la qualité de leur travail) les premiers noms d’artistes arrivent pour accompagner et dynamiser (on saluera la présentation du film VR d’Alexandre Aja « Campfire Creepers », non inédit). Il y a certes des efforts pour faire évoluer la narration de l’ensemble des projets, mais force est de constater que les propositions utilisant réellement le médium se font rare. Manque d’inspiration sans doute, on reste sur notre faim. Si industriellement, NEXT devient un des lieux de rencontres incontournables en dehors du continent américain, la concurrence est rude (Venise) et il faudra pour les prochaines années proposer des films & expériences plus inspirées. Ou proposer des expériences sous tout format, y compris la réalité augmentée ?