Rencontre avec Alex Lawther, acteur dans OLD BOYS

Rencontre avec Alex Lawther, acteur dans OLD BOYS

Lors du Dinard Film Festival en Septembre dernier, nous avons eu l’occasion de rencontrer Alex Lawther, acteur britannique notamment connu pour THE END OF THE F****** WORLD et THE IMITATION GAME. Nous avons conversé avec lui à propos de OLD BOYS de Toby Macdonald, dans lequel il détient le premier rôle aux côtés de Pauline Étienne (entre autres). Malheureusement, en temps de festival, les interviews ne peuvent durer trop longtemps : nous étions beaucoup de journalistes à avoir des demandes, nous avons donc eu seulement dix minutes avec Alex Lawther.

Onlike : Que pensez-vous de Dinard et du festival ?
Alex Lawther : La ville est magnifique. Le festival et son accueil sont tellement chaleureux. Il y a une générosité dingue dans ce festival. Pour moi, peut-être que je me trompe, mais en Angleterre il n’y a pas de festival comme celui de Dinard. Un festival au bord de mer, presque bilingue, car c’est du cinéma britannique seulement avec des spectateur-rice-s français. Des spectateur-rice-s qui sont très cinéphiles et enthousiastes. C’est franchement chouette, surtout quand on vient partager un film qui a un coeur français et anglais (et belge, car Pauline Étienne est belge). C’est donc très cool de venir partager ce film qui est très anglais, mais qui a un amour pour le cinéma français.

Comment avez-vous rejoins le projet du film ?
A.L. : C’était un casting à Londres, il y a trois ans. Et puis, tu passes un casting et tu n’as aucun retour pendant six mois ou plus. Tu penses que tu as raté le casting. Mais c’est normal. Et un an plus tard, finalement, j’ai été appelé pour faire un call-back (un second casting). J’y ai rencontré Toby Macdonald, le réalisateur, et aussi le producteur. J’ai eu le rôle, et petit à petit on a rencontré d’autres personnes pour les autres rôles. Dès que j’ai rencontré Jonah Hauer-King [Winchester] et Pauline Étienne [Agnès], c’était évident qu’il fallait que ce soient eux.

Il y a effectivement une belle alchimie entre vous, surtout dans le ton si particulier du film, qui alterne entre le drame et la comédie. Comment avez-vous approché votre personnage ? Est-ce que vous avez beaucoup travaillé le comique de situation ?
A.L. : C’était important pour Toby [Macdonald] et pour moi aussi, que l’on trouve une façon d’exprimer son malaise au sein de l’école. Il fallait que l’on trouve comment montrer qu’il est mal dans sa peau, physiquement. On ne voulait pas qu’Amberson soit mal à l’aise au point de ne pas interagir avec les autres. On voulait qu’Amberson essaie, même s’il sait qu’il va échouer. Il essaie très très fort, mais il échoue quand même.

Il y a trop de films qui font la séparation entre les personnages extravertis et les personnages introvertis victimisés. Mais ici, toutes les situations qui ridiculisent Amberson sont belles et touchantes, parce qu’il y a la comédie. On pense notamment au moment où il grimpe la barrière, ou quand il porte les seaux d’eau.
A.L. : Il est malin Amberson. C’est ce que je trouvais beau chez lui. Pour exprimer ça sur l’écran, on a pensé à Buster Keaton, à Charlie Chaplin. Tu as envie que ces personnes réussissent, même s’ils sont trop faibles, même s’ils sont un peu ridicules.

Comment tu as intégré cela, dans ton travail d’acteur, avec l’ambiance particulière du pensionnat ?
A.L. : En fait, quand tu arrives dans cette école, il y a une église pour les étudiants qui possède le toit le plus haut. Quand tu arrives, et que tu vois cela, tu comprends les attentes que les personnes là-bas ont sur toi. Dès que je suis arrivé sur le plateau dans cette école, c’était terrifiant. Donc pour moi, toute l’ambiance de cette école est déjà présente quand nous sommes arrivés. Ca ressemblait à une prison, c’est très froid, les pierres sont dures et sèches. Il n’y a pas de côté féminin, il n’y a pas de douceur. Donc, avec Toby [Macdonald] on a apporté le côté comique à un lieu déjà sombre. C’était comme un obstacle à sauter. Et Amberson a de la douceur en lui, ce qui crée un ensemble entre comédie et drame, entre amertume et douceur.

La comédie comme une façon d’échapper à l’amertume, à la vie froide du pensionnat.
A.L. : Oui, mais davantage pour moi en tant que comédien, que pour Amberson. Pour Amberson aussi, parce que c’est une façon de survivre… C’est involontaire chez lui, parce que c’est son instinct.

Il y a un côté bricoleur dans le film. Que ce soit dans les échanges des courriers, des pensées, ou même dans la fabuleuse scène de sérénade. Comment avez-vous abordé ce côté bricolage de la mise en scène ?
A.L. : C’était top. C’était un film très tactile et très physique. Mais dans un côté où tu peux toucher tous les accessoires avec détail, avec un geste délicat. Mince, j’ai oublié son nom, mais c’est la soeur du chef décorateur [par extension, « art director »] qui a créé tous les flipbooks d’Amberson, et qui a confectionné toutes les lettres. Elle devrait être reconnue pour son travail. Parce que pour un comédien, pouvoir travailler avec autant de délicatesse, on a envie de mériter ces accessoires si beaux.

Petite question bonus : que pensez-vous du cinéma français ?
A.L. : Je suis francophile, je trouve que Mia Hansen-Love est une cinéaste superbe. J’ai vu ses films plusieurs fois. Ce sont des films qui sont des études de personnages, ce que je remarque souvent dans les films français. C’est ce qui me plaît énormément. Vous avez aussi un côté très commercial en France, avec surtout les comédies qui ne sont pas toujours top – parfois très drôles et parfois très nazes. Mais on ne parle pas trop de ça en Angleterre, quand on parle du cinéma français. En France, j’ai vu qu’il n’y a pas que la Nouvelle Vague, ce n’est pas que Juliette Binoche et Isabelle Huppert. Mais, je trouve qu’au Royaume-Uni on regarde souvent vers les États-Unis, et on se regarde pas assez pour le talent que l’on a. Comme Mike Leigh, Sally Potter.

On regarde aussi beaucoup vers les États-Unis, en France.
A.L. : Mais je crois qu’en France, vous pouvez sortir un film français en langue française, sans avoir besoin de faire un film qui doit plaire aux américains. C’est plus rare en Angleterre. J’aimerai qu’on regarde parfois plus vers le continent, que vers les États-Unis. Parce que nous [les britanniques] pouvons apprendre beaucoup de choses des films du continent. Dans les films que j’ai vu en Angleterre, ce sont surtout des films qui ont un côté continental qui m’intéressent le plus.

Merci à Alex Lawther et à l’équipe de Pierre Laporte Communication pour cette interview.

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