Bruce Springsteen @ Stade de France 2013

Dans les années 80, Bruce Springsteen avait déclaré que le prix d’une place pour assister à l’un de ses concerts ne devait pas excéder ce que gagne un ouvrier américain en une journée.
Aujourd’hui assister à un show de celui qui a une révélation en découvrant Elvis à la télévision dans sa petite maison du New Jersey coute environ 80 euros. Mais Bruce Springsteen respecte sa parole et compense en offrant à ses fans plus qu’un simple concert.
Quel groupe de rock actuel peut en effet se vanter d’assurer des concerts de plus de 3h00 (3h10 au Stade de France, 3h40 (!) à Madrid en 2012) et de tant impliquer son public ?

Ce samedi au Stade de France l’attente, longue et sous le soleil, aura été récompensée une petite demi-heure après l’ouverture des portes. Springsteen, en tshirt et lunettes de soleil, arrive de manière impromptue sur une scène pas encore prête et entame This Hard Land pour le plus grand bonheur des premiers arrivés. Non content de surprendre tout le monde en assurant sa propre première partie, il s’approche des premiers rangs et saisit une pancarte annonçant qu’il prend les « requests », une habitude récente qu’il a prise de composer ses concerts selon les envies des fans. Burning Love, un obscur titre de 1972 écrit par Dennis Linde et popularisé par Evis, mettra tout le monde par terre tant le choix est inattendu. Un troisième titre et l’homme annoncera « à tout à l’heure ».

Et à 19h40 précisément, le légendaire E-Street Band fera son entrée en scène. Bruce et le groupe de la rue E, dont les membres fondateurs sont là depuis 40 ans, joueront 3h10.
Quand la tournée Wrecking Ball a démarré en 2012, Springsteen cherchait un thème à faire résonner. La disparition de son claviériste Danny Federici puis celle de l’immense (dans tous les sens du terme) saxophoniste Clarence « Big Man » Clemons l’aideront à trouver une réponse évidente. Pas question de faire un tournée sur le deuil mais bien sur l’envie d’aller de l’avant tout en écoutant ce que peuvent nous apprendre les voix du passés (la chanson We Are Alive évoque d’ailleurs cela). En 2013, pour le prolongement de la tournée, le Boss choisit de conserver ce thème tout en y apportant des éléments plus festifs (les fameuses requêtes) et des albums joués intégralement. Ainsi, après deux titres d’intro, Springsteen choisira de jouer Lucille (le titre de Little Richard) sans aucun préparation.

C’est aussi ça le fameux E-Street Band, la capacité d’un groupe de talent à pouvoir tout jouer en un instant. La version de Lucille sera parfaite avec Bruce en chef d’orchestre lançant à sa section cuivre (dont Jake Clemons, neveu de Clarence et digne successeur de son oncle) quand démarrer et que faire. Dans la même veine, le chanteur choisira un peu plus tard un autre panneau dans le public (« Cadillac Ranch ») et ne le montrera qu’au dernier moment à la caméra et à son groupe. Il ne faudra qu’une micro seconde à Max Weinberg pour entamer le solo de batterie.
Le public est par terre et Bruce en profite alors pour annoncer, en français, que l’album Born in the USA sera joué dans l’ordre et en intégralité. Les fans les plus âgés ont senti flotter un air du concert de 1985 à la Courneuve sur le Stade de France…

Mais Bruce Springsteen et son Band, ce n’est pas seulement une capacité d’improvisation ni une endurance particulière. C’est aussi une véritable communion avec le public. Bruce se promène le long la scène, serre les mains, laisse les gens jouer de sa guitare, fait chanter les plus jeunes, embrasse les filles et les fait monter sur scène pour danser avec lui à la manière Courtney Cox dans le clip de Brian de Palma Dancing in the Dark.

Le seul reproche que l’on fera au concert, à l’acoustique parfaite, ne concerne que les vieux fans. Avec douze dates à mon actif et l’habitude de voir le Patron chambouler ses setlists de fond en comble (il n’y avait qu’une poignée de titres communs aux setlists des deux concerts parisiens successifs de 2012), le show du Stade de France m’a semblé en pilote automatique. La faute sans doute à l’album joué en intégralité qui, s’il est toujours excellent à écouter, gache la surprise. Je pourrais aussi évoquer les rappels toujours sans surprises, si ce n’est qu’après avoir salué et fait partir son groupe de scène, Bruce Springsteen a entamé seul une crépusculaire version de Thunder Road pour cloturer le marathon. Les spectateurs finirent les yeux embués de larmes, tout simplement.

Eddie Vedder avait déclaré de Springsteen qu’il était le Patron et lui seulement l’employé. Barack Obama avait dit qu’il n’était que le Président et lui le Boss. Après 3h10 aussi intense, on ne peut qu’approuver.
La suite ? Un docu basé sur des témoignages de fans en salles le 22 juillet et produit par Ridley Scott intitulé « Springsteen and I » et l’approche d’un album sans doute pour 2014 avec probablement à la clef une nouvelle tournée avec le légendaire E-Street Band.

1 commentaire
  • ClarenceBigMan

    Avec 57€, il était possible d’assister au concert de Springsteen au Stade de France. Et il restait des places.

PUBLIÉ LE 01.07.2013, PAR :

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