Je me souviens… de la Route du Rock

16 août 2017

Chaque année, au milieu du mois d’août, Saint-Malo se remplit. Les Rennais « montent » dans la cité corsaire, la diaspora bretonne revient sur ses terres et les aficionados de rock indé font le déplacement qui prend des airs de pèlerinage pour 3 jours de fête organisés par l’association Rock Tympans. Après avoir fièrement arboré leur t-shirt estampillé « Pop is not dead » tout au long de l’année, le retour du festivalier en terre promise – St Père Marc en Poulet- est imminent. Pour beaucoup, la Route du Rock n’est pas qu’un simple festival, c’est une destination de vacances, un camping entre amis, l’événement musical de l’année, un lieu de retrouvailles, bref, un rendez-vous.

À la veille de la 27ème édition, quel meilleur hommage lui rendre que de laisser, le temps d’un article, certains de ses festivaliers se remémorer leur plus intense souvenir de la Route du Rock ? Concerts mémorables, moments de grâce et anecdotes de festivalier : sélection (non exhaustive) de réminiscences d’amoureux du festival.

 

 

« L’été 96 fut ma première Route du Rock. Durant ces 19 dernières années j’ai fait une multitude de Routes du Rock, mais aucune n’aura jamais eu l’éclat de cette sixième édition. Elle fut ma première. Installée au cœur d’un été qui allait bouleverser ma vie, la Route du Rock 96 reste lovée dans un coin chaud de mon esprit comme une édition inoubliable. Quand je repense à cette Route du Rock, je ne peux m’empêcher de constater que j’ai assisté à l’une des programmations les plus dingues de ma vie de festivalier. J’ai le souvenir d’une chaleur à crever. De la poussière des pogos qui nous brûle la gorge. Je vais à cette Route du Rock pour voir Michel ClouP et son Diabologum, écouter le « Only in Dreams » de Weezer et la joyeuse pop des The Frank and Walters. Dans un coin de ma tête je réserve aussi une place pour The Divine ComedySuede et le groupe avec « the hype », Garbage. Niveau programmation, ça se pose là ! Le set de Garbage avec en point d’orgue la chanson « Stupid Girl » reste un superbe souvenir. Que ma déception fut grande de voir Weezer ne pas jouer « Only in dreams », mais j’ai le souvenir d’un concert d’une énergie dingue. Mais c’était Weezer quand même, j’ai l’impression de faire partie de ceux qui ont vu Nirvana aux Transmusicales de 1991 ! Mais la vrai ‘tarte dans ta gueule’ pour la grande majorité des festivaliers, dont moi, ce fut évidemment Placebo ! Le groupe n’était pas encore connu du tout. Viennent les premiers accords de « Come Home » ! Il fallait voir ce rythme, cette énergie, vibrante, partout dans le fort. Ça sautait, ça pogotait, tout le monde, personne à l’abandon. La terre tremblait. On était comme des dingues, on sentait tous qu’on avait vu un futur grand groupe et qu’il fallait profiter de ce moment incroyable. Ils reviendront par la suite, je les verrai même l’année d’après en 1997, mais cela n’aura aucune commune mesure avec ce premier concert. »

Guillaume

 

« En 2005, le concert de The Polyphonic Spree. Plus d’un vingtaine de musiciens sur scènes (du guitare basse batterie habituel à la harpe, violoncelle, theremin, choristes, etc.), tous habillés en toges. Des morceaux qui parlent d’amour, de soleil, portés par une sorte de prédicateur hippie bienveillant. J’ai perdu tous mes potes, me suis retrouvé seul dans la foule, et on a fini par se faire des câlins entre inconnus tellement le groupe nous aspergeait de bonheur. J’ai pleuré de joie pendant plus d’une heure après le concert, et mes yeux s’humidifient toujours un peu quand j’y repense. »

Christophe

 

« Route du Rock 2011, Mondkopf conclut une édition ponctuée par des averses diluviennes et des orages épars. Les organismes sont à bout, les installations électriques du Fort St Père aussi. Tandis que ce dernier se vide progressivement, nous, on est là, beaux en bottes et en ponchos, les pieds dans la boue et ce qu’il reste de paille. Les plombs ont déjà sauté et le live met du temps à démarrer. Finalement dans une obscurité quasi totale, une lumière s’allume, ça commence. Très vite on comprend qu’il n’y aura pas de visuel accompagnant l’artiste, la faute à des compteurs électriques en difficulté. L’électro sombre, dure, lourde, apocalyptique que Mondkopf nous offre va tout de suite s’accorder avec l’ambiance qui règne. Les corps vont faire abstraction du froid, de la fatigue, des conditions dantesques, et vont se mettre à danser. Pas danser face à la scène mais en petits groupes comme si chacun dansait pour son voisin, pour ne pas se sentir seul face au chaos qui semble émerger de cette situation improbable. On a dansé du début à la fin d’un set au final trop court. Normalement avec mon collègue on devait bosser ce soir du 15 aout, on a préféré s’asseoir sur un potentiel pécule pour aller galérer dans la nuit, dans le froid et la boue. On n’a jamais regretté. »

Thomas

 

« Electralane en 2011. La chanteuse nous avait un peu cassé les oreilles toute la matinée avec les balances (et pourtant j’adore ce groupe) mais quand elles ont repris Smalltown Boy, c’était juste parfait. Dès les premières notes tout le monde est devenu un peu fou. »

Mathilde

 

« Il y a quelques années, je devais rejoindre une femme que je considérais comme la femme de ma vie. Elle vivait à Paris et se rendait à Saint Malo pour un week-end. Or, ça tombait le week-end de la Route du Rock. J’ai préféré aller aux concerts au lieu de la voir, après avoir insisté pour qu’elle vienne, je lui proposais même de lui offrir sa place. Mais apparemment, elle était plus Patrick Bruel que Alt-J. Elle m’en a beaucoup voulu, mais ce week-end la, j’ai rencontré celle qui allait devenir ma copine actuelle. »

Anonyme

 

« Route du Rock, 2005. À l’époque l’utilisation des smartphones, c’était pas foufou et en plus de ça, on n’avait pas trop de moyen de recharger nos téléphones. Du coup, quand une rumeur a circulé dans le camping comme quoi Johnny Hallyday était décédé, la plupart des gens y ont cru ! Pendant genre deux jours ! On n’entendait parler que de ça dans le camping, en mode : « hé mais t’es pas au courant? Johnny est mort » ! À tel point que la route du rock a été obligée de rétablir la vérité avec une pancarte « Johnny is not dead ». »

Narjisse

 

« En 2002, avec des amis, on a rencontré les BRMC. On s’est retrouvé au village bénévole où ils se promenaient. On adorait leur premier album, on a discuté puis pris l’apéro avec eux, ça a duré quelques heures. Puis on est allé faire le tour des douves ensemble, où le camping festivalier était à l’époque, en buvant de la manzana. On leur a chanté un morceau qu’on avait inventé, inspiré de « Butterfly my Butterfly » de Daniel Guichard. Ça les a fait rire, alors je leur ai demandé si on pouvait la chanter avec eux sur scène le lendemain. Leur réponse ?  » Yes ! Let’s meet up a the VIP BAR tomorrow night » ! Les vigiles ont fait une tête bizarre quand le lendemain, le groupe leur a demandé de laisser monter sur scène 8 personnes non badgées pour interpréter « Underground My Underground » avec eux. »

Hervé

 

« Quelques années avant ce concert, un ami m’a fait écouter un album, qui m’a retourné la tête et m’a fait découvrir une autre dimension de la musique électronique : Tarot Sport de Fuck Buttons. Quand Fuck Buttons a été programmé à la Route du Rock en 2013, j’ai décidé d’y aller pour la première fois. J’ai compris rapidement ce que j’avais manqué. En attendant le concert, j’essaye de retrouver mon pote en vain parce que je n’avais de réseau (ou alors il est saturé, un peu comme moi peut être). Du coup, je glande à un stand de burgers avec ma bière et tape la discute avec un des gars derrière le comptoir. Il ne connait pas du tout le groupe alors je lui explique ce que je dis là, comment j’ai découvert ce groupe grâce à mon pote, le kiffe que j’ai à l’écouter, que j’adore le titre The Lisbon Maru et surtout, surtout, Surf Solar. Et c’est au moment où je prononce ce titre que je l’entends commencer sur la scène. Je ne fini pas ma phrase, prend ma bière d’une main vive et décidée et me faufile avec l’ardeur d’un furet au centre de la foule, tends mes deux bras en l’air, la tête vers le ciel et les yeux fermés où je vis enfin ce moment d’extase d’entendre en live ce son que j’ai beaucoup (trop) écouté seul. Moment de grâce, mon meilleur moment de la RdR, ce festival de copains, alors qu’à ce moment là, j’étais seul. J’ai retrouvé mon pote après le concert et je suis allé, excité, lui parler du concert que l’on venait de voir comme une gamine vient voir sa mère après son passage à une compétition de gymnastique qu’elle vient fièrement de gagner. »

Thomas P

 

« Avec des amis, on a l’habitude de faire des pyramides humaines pendant les concerts. En 2015, pendant le concert de Jungle, je me suis retrouvé à être au sommet de notre habituelle pyramide, haute d’au moins trois personnes. J’étais donc le spectateur le plus grand du monde (comme dans Scrubs). Le chanteur de Jungle nous a engueulé après nous avoir vu sur l’écran, on nous disant que c’était dangereux et qu’on était « crazy » de faire ça en Bretagne. »

Romain

 

Sigur Ros – Nicolas Joubard

« 2008, concert de Sigur Rós. J’ai du mal à motiver mes amis qui font durer l’apéro très longuement. Au bout d’un moment, 2 copines se décident à venir finalement avec moi. On arrive sur le site on arrive à bien se placer le groupe commence par deux morceaux longs, de 7 ou 8 minutes chacun (Svefn-g-englar et Ný Batterí). Je suis aux anges, émerveillé, le sourire jusque dans les étoiles qui brillaient fort et je vois à leurs tête que le concert ne leur plait pas trop, que ça ne leur parle pas, alors, je leur dis « vous pouvez y aller ». Elles sont allées au bar je suis resté seul, comme dans une bulle magnifique. Le concert est passé comme une féerie magique. Je retrouve au final une vieille connaissance assise juste à côté de moi, avec qui je partage un pétard, et je me retourne léger et ravi d’être entouré de tant de gens heureux devant ce spectacle féérique, d’autant qu’ils sont accompagnés de leur section violon amiina et d’un petite section cuivre qui complète parfaitement cette fabuleuse symphonie nocturne. »

Anonyme

 

« Juste avant le DJ set de Lindstrom, en 2015, je suis allé aux toilettes et au retour j’ai vu du mouvement devant la petite scène, sur laquelle il n’y avait plus de concert. L’édition était pluvieuse et l’orga avait étalé de la paille devant pour éviter que cela se transforme en marre de boue. Donc, devant cette scène, je vois 10 personnes, en train de se battre avec de la paille. Certains pratiquaient limite des prises de catch. Ils ramassaient des gros tas, s’en mettaient plein dans les bras, et se courraient après, se surprenant, parfois faisaient des gros plaquages. Je suis resté interdit devant le spectacle pendant 2 minutes, trouvant ça trop bien. Après j’ai couru pour rejoindre mes potes, je leur ai raconté ce que j’avais vu. Je les ai invités à me suivre. Certains étaient chauds, d’autres pas du tout. On s’est ramenés à 5, et là on s’est jetés dans la mêlée. Ça a duré 20 minutes – 1/2 heure, de danse et de jets de paille, on sautait partout, on était tous hilares, on ne se connaissaient pas tous mais ça n’empêchait pas qu’on se batte ensemble, et on a fini par s’arrêter au fur et à mesure, d’épuisement. »

Nicolas

 

 

 

« Route du Rock 2016. Alors que nous attendions pour le concert de Minor Victories sur la scène principale, je me déplace vers la scène des remparts pour voir Haelos. Je n’avais aucune connaissance de ce groupe avant de le voir à l’affiche de la route du rock mais ce que j’en avais entendu sur les plateformes de streaming m’avait convaincu de leur prêter une oreille attentive en live. Le collectif anglais a démarré en douceur sur sa fameuse « Intro/Spectrum » avant d’enchaîner sur « Pray ». Je me souviendrai toujours des premiers rythmes de batterie entamant le morceau. Deux batteries absolument complémentaires sur scène offraient un spectacle grandiose. Chaque coup de grosse caisse ou caisse claire résonnait partout dans mon corps et j’en ressentais des frissons de la tête aux pieds. Et puis je me suis mis à danser. Non pas que je sois quelqu’un qui bouge beaucoup aux concerts d’habitude. Mais je dansais parce que j’étais incapable de me contenir. Cela faisait partie de ces lives où on souhaiterait que le temps s’arrête afin d’en profiter indéfiniment. On s’attend rarement à une telle claque lors d’un festival en plein air où les conditions sonores sont plus difficiles à optimiser qu’en salle. J’en garde un souvenir unique et indélébile. »

Méloman 

 

Bonus : La catégorie « Ivre,»

 

« En 2013, au VIP j’aborde un mec en insistant sur le fait « qu’on c’est déjà vu quelque part et que je suis sûre de le connaître ». J’argumente en citant des bars de Rennes, des salles de concert, le mec me dit qu’il est sûr que jamais nous ne sommes rencontrés. J’abandonne et une heure plus tard demande à une amie où j’aurais pu le rencontrer, elle me répond c’est Augustin Trapenard… »

Marine

« Une amie légèrement éméchée me montre un mec de dos, en me disant que sa perruque est cool et qu’elle a envie de lui enlever. Avant que je ne puisse réagir, elle s’exécute, les cheveux ne s’enlèvent pas, le mec se retourne, elle me regarde liquéfiée, je lui dis « Tu viens de tirer les cheveux du chanteur de Temples ». »

Léna

 

Cet article n’est pas figé et n’attend que vos anecdotes pour s’agrandir, n’hésitez pas à m’écrire : jeannenicolle.a@gmail.com

 

En attendant, si vous voulez vous faire des beaux souvenirs cette année et que vous n’avez pas vos places, ne traînez pas trop, celles-ci partent à toute vitesse.


16 août 2017