65 000 au Festival Beauregard

15 juillet 2017

Le Festival Beauregard 9ème édition nous a encore fait les yeux doux. 65 000 festivaliers sont venus assister à 30 concerts répartis sur 3 jours sous un soleil à peine voilé, un joli succès qui se fête et qui s’explique par des choix artistiques audacieux. Une fois n’est pas coutume, nous commencerons par le meilleur. Et le meilleur était bien gardé pour la fin. Ces trois jours se résument en une escalade de sensations et d’émotions et une fin en apothéose avec la performance époustouflante du groupe sud-africain Die Antwoord. Ce trio explosif formé par Ninja, Yo-Landi et le DJ GOD se démarque par l’excentricité de ses textes et de sa scénographie. Influencé par le mouvement zef, Die Antwoord propose une musique rap-rave multi culturelle. Les interprètes de Baby’s On Fire et Love Drugs sont sans limites et le prouvent de nouveau (il est urgent de voir leurs clips) avec ce spectacle complet son, vidéo, projecteurs, danseuses, tenues et confettis ! Ils frôlent le trash, la vulgarité et le mauvais goût mais n’y tombent jamais. Un show qui restera dans les mémoires de Beauregard.

Cet instant hors du temps fut précédé par la prestation tout aussi réussie de Foals mené par son guitariste charismatique Yannis Philippakis. Le leader, connu pour ses coups d’éclats sur scène, est resté assez sage dans son interprétation des titres de leur dernier album What Went Down (2015). C’est dans un tout autre registre que se sont illustrés Everlast et Danny Boy du groupe de rap américain House of Pain. Ils ont fait ‘pogoter’ les premiers rangs et danser la foule avec leur mythique Jump Around. Cette troisième journée n’aurait pu être si parfaite sans la présence de Tinariwen. Pour la première fois nous découvrons en live la musique blues touareg.

Remontée dans le temps. Le deuxième jour du festival fut marqué par les prestations dans l’ordre de Iggy Pop, Ibrahim Maalouf et Phoenix. Pas de classement entre ces trois géants qui sont des références dans leurs genres respectifs. Iggy Pop, du haut de ses 70 ans et malgré quelques signes de vieillesse, fait toujours le job comme personne. L’Iguane est à Beauregard comme à la maison. Après un premier passage accompagné des Stooges en 2010, l’artiste est revenu en solo. C’est le célèbre trompettiste Ibrahim Maalouf qui a pris la relève. Son formidable concert sera marqué à jamais par une anecdote que rapporte Le Temps :

Dimanche, il était au Festival Beauregard, en Normandie. Comme chaque soir, il a joué fort et grand, il a levé son bras au ciel de gauche à droite devant une foule qui ne formait plus qu’une houle, il faisait le camelot, la rock star, puis lançait un morceau de mariage oriental ou un funk aux jambes légères. A un moment, une pièce de cuivre s’est séparée de sa trompette. Il raconte la scène, comme presque toutes les scènes qu’il vit, sur sa page Facebook: «Ce soir, l’anneau qui nous liait ma trompette et moi, a cédé.» Le Temps, 12 juillet 2017.

Nous sommes tombés sous le charme de Phoenix qui a récemment pris un virage plus électro. Originaire de Versailles, le groupe de Thomas Mars s’est fait un nom à l’international avec ses titres Lisztomania et 1901.  Leur 7ème album studio Ti Amo qui vient de paraître est inspiré par la disco pop italienne. Phoenix a proposé une scénographie impressionnante, des vidéos projetées sur des écrans sous leurs pieds se reflétaient dans un miroir géant hissé au dessus de leurs têtes.

La première journée a surtout été portée par le ‘tiercé gagnant’ Metronomy, Benjamin Biolay et Midnight Oil. Pour leur retour à Beauregard (1ère apparition il y a 5 ans), les anglais de Metronomy n’ont pas pu passer à côté de leurs titres fétiches The Look, The Bay, Love Letters… qui encore une fois ont secoué le domaine de Beauregard. Secousses ressenties aussi lors du show impeccable de Midnight Oil. Le groupe australien est bluffant, tant par son professionnalisme que son charisme, un sans faute. La foule les acclame lorsqu’ils entonnent Beds Are Burning. Nous attendions avec impatience la prestation de Benjamin Biolay. Cet auteur compositeur interprète de Roma (amoR) a un charme dont il sait faire bon usage. Le verdict est sans appel pour Placebo, leur set est plat et pauvre, la curiosité cède vite la place à l’ennui. Le Festival Beauregard fêtera déjà ses 10 ans l’année prochaine, un anniversaire qui laisse espérer de jolies surprises.

Crédits Mickaël Liblin, Gérard Boisnel


15 juillet 2017