Wallay

Wallay

Compétition : CHAMPS-ÉLYSÉES FILM FESTIVAL 2017

Il y a tellement de films sur la question migratoire, sur les relations entre la France et l’Afrique, sur la jeunesse qui cherche son identité car elle a l’impression de ne pas appartenir à un endroit. L’idée de Berni Goldblat est simple mais propose de renverser tout ce qui a été vu auparavant. Le voyage s’effectue désormais en sens inverse. Ce n’est plus un personnage qui part de l’Afrique pour la France, afin de trouver l’espoir. Il s’agit d’un jeune qui part de la France pour le Burkina Faso où est le reste de sa famille, vivant seul avec son père en France. En allant vers ses origines, mais dépourvu de toute connaissance sur les coutumes et le langage locaux, Ady commence donc une initiation. Bien plus qu’un voyage spatial (parce que le décor n’est pas juste qu’un décor), Ady est propulsé dans un voyage intime.

Bien que les relations avec sa famille ne soit pas au beau fixe, bien qu’il soit totalement perdu dans ces coutumes (qui lui sont étrangères), Ady est regardé avec beaucoup de bienveillance par le cinéaste. Il n’y a jamais de cruauté envers l’austérité du cadre de vie. Le film ne tend jamais vers la moralisation : il n’appuie jamais trop sur la question du travail, il ne compare jamais la différence de vie entre la France et le Burkina Faso (le cinéaste émet seulement des nuances), il ne cherche pas à placer les contradictions dans une dualité, etc. WALLAY est un film qui place les relations humaines en premier, qui construit petit à petit un rattachement intime. Berni Goldblat ne tient pas à exposer lourdement l’espace / le pays, il connecte plusieurs personnalités pour les faire vivre ensemble. Au fond, ce voyage inversé n’est qu’un prétexte, pour explorer une identité multicolore.

Déjà dans la mise en scène des espaces, WALLAY fait preuve de beaucoup de vitalité. Ce n’est pas un grand film esthétique, mais qu’importe, l’essentiel ici est dans le mouvement perpétuel des personnages. En s’opposant aux restrictions de sa famille au Burkina Faso, Ady est en pleine affirmation de soi. La vitalité dans WALLAY est exprimée par la diversité des personnalités, formant un tableau ouvert aux différentes couleurs. L’espace, par sa grandeur et sa richesse photographique, est le moteur de l’affirmation du jeune protagoniste. Mais bien davantage, grâce aux différents lieux filmés (évitant brillamment la carte postale), WALLAY permet de nuancer et basculer d’un point de vue à un autre. Berni Goldblat réussit un film chaleureux et bienveillant, qui s’accroche à l’amour familial pour se diriger vers la réconciliation et l’affirmation.

WALLAY de Berni Goldblat.
Avec Makan Nathan Diarra, Ibrahim Koma, Hamadoun Kassogué, Mounira Kankolé, Joséphine Kaboré.
France, Burkina Faso – 1h24 – 28 Juin 2017

4 / 5