The Assassin

The Assassin

Scénario et Réalisation de Hou Hsiao-Hsien
Avec Shu Qi, Chang Cheng, Satoshi Tsumabuki, Ethan Ruan Jing-Tian, Xiaoqing Zuo
Taïwan
120 minutes
Sortie le 9 Mars 2016

Chine, IXème siècle. Alors que la province de Weibo tente de se soustraire à l’autorité impériale, Nie Yinniang (Shu Qi) revient dans sa famille après de longues années d’exil. Son éducation a été confiée à une nonne qui l’a initiée, dans le plus grand secret, aux arts martiaux. Devenue justicière, elle a pour mission de tuer Tian Ji’an (Chang Cheng), son cousin, ancien amour, et nouveau gouverneur de Weibo. Nie Yinniang va devoir choisir : sacrifier l’homme qu’elle aime ou rompre pour toujours avec «l’ordre des Assassins».

Cette romance brisée est donc au cœur du film, elle est à l’origine de tous les comportements. Quand Nie Yinniang est sur le toit et affronte son cousin, il y a une distanciation dans le combat : parce que la mise en scène crée des pauses entre les coups donnés. Le déchirement des sentiments est toujours présent, dans toutes les séquences, telle une brume dans le paysage impérial. La protagoniste incarne une sorte d’ombre qui crée un trouble dans la vie royale de Tian Ji’an. Cette brume est même présente à quelques reprises, de façon matérielle. A chaque fois, elle décrit le déchirement, transformant le ton en angoisse : telle la fumée qui se dégage d’un feu qui gagne du terrain.

Les plans séquences illustrent très bien cette brume qui progresse au fil du récit. Cela permet une grande spontanéité dans la mise en scène : il faut savoir que seule la scène dansée a eu des répétitions. Ainsi, alors que des mauvaises langues osent comparer Hou Hsiao-Hsien à Apichatpong Weerasethakul, il s’agit davantage d’une forte contemplation stable plutôt qu’une hypnose à plusieurs facettes. Déjà par la construction scénographique, où toutes les couleurs justifient un expressionnisme : la soie a une place très importante dans l’environnement des personnages. Elle rend compte de tout l’enjeu du long-métrage : à la fois la chaleur qui pousse au déchirement, et également l’ambiance impériale.

Ici émerge une certaine forme d’onirisme, qui joue à la fois sur l’abondance et sur l’incompréhension de celle-ci. Parce qu’opaque, cet imaginaire d’un temps passé révèle l’idéal de Tian Ji’an dans sa gouvernance. Or, l’arrivée de Nie Yinniang perturbe cet idéal et ce quotidien : tout devient plus abstrait. Là où certains vont se plaindre d’une lenteur de récit ou d’un « manque de scénario » (pour le peu que cela signifie), il faut voir une impossibilité de déterminer des valeurs spatiales et temporelles, et une mission qui est constamment freinée par le récit sous-jacent (la romance passée).

C’est donc le montage qui crée la narration, plutôt qu’un texte noir sur blanc avec des dialogues toutes les minutes. Les seuls champ / contre-champ sont impressionnants parce qu’ils ont la même valeur que le hors-champ lors des instants sans face à face. Dans le champ, il y a cette ambiance impériale avec cet onirisme orné d’un déchirement . Dans le hors-champ, il y a le passé commun entre les deux protagonistes, qui est la source de ce qui se trouve dans le champ. Chaque plan constitue un nouvel élément de développement pour les personnages, jusque dans les cinq derniers plans. Il s’agit alors avant tout d’un film de montage et d’esthétique, où les plans se succèdent pour alimenter les bouleversements du récit.

Là où c’est aussi un film d’esthétique, c’est parce que le mélange d’onirisme, de déchirement, d’impérialisme et de contemplation provoque les sensations. Le long-métrage n’a, à aucun moment, la volonté de créer de l’envoûtement. Au contraire, c’est une esthétique qui ne joue pas sur la même ambiance dans chaque scène. Les scènes de combats n’ont pas la même portée sensorielle que les rencontres entre Nie Yinniang et Tian Ji’an. La soie joue un grand rôle, tout comme les couleurs. La légèreté du montage se confond avec le déchirement de la mise en scène.

4.5 / 5

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