Peur de rien

Peur de rien

Réalisé par Danielle Arbid
Écrit par Danielle Arbid et Julie Peyr
Avec Manal Issa, Paul Hamy, Damien Chapelle, Vincent Lacoste, Clara Ponsot, India Hair.
France / 115 minutes / Sortie le 10 Février 2016

Tout commence par un travelling rapide, dans une rue de Paris, où la caméra capte des arbres et des façades de bâtiments. Le titre, PEUR DE RIEN, vient s’incruster derrière ces images. Il y a déjà tout dans ce générique : la vitesse à laquelle on change de paysage, le temps qui manque pour s’adapter à une donnée. Parce que le long-métrage suit une jeune libanaise, nommée Lila (jouée par la surprenante Manal Issa), qui tente de se fondre dans la société française. Deux mois après son arrivée en France, elle décide de quitter le domicile de son oncle et sa tante, pour se lancer dans une quête de la liberté. Elle veut étudier, travailler, et rencontrer des personnes.

L’objectif ultime dans ce long-métrage, c’est explorer l’intégration d’une personne dans la société. Si Danielle Arbid choisit une libanaise qui arrive en France, c’est pour montrer tout son amour pour ce pays. Dans la mise en scène, il y a la volonté de se fondre dans la masse, d’être une partie quelconque de la communauté. Il s’agit d’être une jeune femme qui entre dans le système et profite de sa liberté. Son intégration dans le collectif ne se fait pas sans difficultés, bien évidemment. Mais c’est en allant de lieux en lieux parisiens, que le long-métrage arrive à évoquer une société dans son ensemble.

Parce que dans ses presque deux heures, le film ne s’étire pas à une seule aventure pour la jeune protagoniste. Au contraire, c’est plutôt une sorte d’errance physique et psychologique à lesquelles elle est confrontée. En étant une étrangère tentant de s’intégrer, elle connaît plusieurs situations dans de multiples endroits. Ainsi, le long-métrage est tel un marivaudage à plusieurs branches : ça va de l’extrême droite fasciste à l’extrême gauche communiste, la protagoniste « enchaîne » les relations sentimentales, puis n’arrive pas à se stabiliser dans un travail. Il ne s’agit pas vraiment de développer les coulisses d’une galère pour une étrangère, mais plutôt d’embrasser toute la société française pour déclarer un amour envers sa diversité.

Ainsi, les êtres se croisent, se rencontrent, se parlent, deviennent de plus en plus proches, avant de se séparer pour passer à autre chose. Ce marivaudage est dans tous les éléments du film : les espaces ne paraissent jamais se répéter, parce que les relations amicales et sentimentales changent dans le même temps. La temporalité n’est pas ajustée à une chronologie concrète, elle est plutôt abstraite. C’est qui initie la relation entre les corps : avec de tels marivaudages qui se succèdent, les corps et les esprits brûlent petit à petit, passant de la poésie à la passion dévorante (voir destructrice).

C’est la folie du marivaudage, en quelque sorte : le sentiment de vivre l’instant présent et de vouloir le saisir pour sa propre passion. Dans chaque situation, chaque relation, toute folie arrive spontanément (la presque-bagarre dans les couloirs de l’université, celle devant les locaux du journal, la rupture devant l’épouse dans la voiture, la fuite au café, …). Ce que le montage n’arrive pas à montrer, c’est le calme avant la tempête. Parce que malgré la tendresse envers sa protagoniste et le respect envers tous les personnages secondaires, le montage haché va de paire avec un ton assez scolaire. Même si l’ambiance est au marivaudage, la spontanéité n’est pas assez marquée dans le montage.

4.5 / 5

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