Merrick

6 août 2017

MERRICK est de ces films qui font salles combles en Festivals (en témoigne les deux seules séances, chacune pleine, lors du Champs-Élysées Film Festival 2017) car ils n’auront malheureusement pas l’exposition nécessaire lors de la sortie. MERRICK est de ces films français qui osent explorer les genres. Pour son tout premier film, le jeune Benjamin Diouris s’aventure dans le post-apocalyptique, dans le néo-fantastique. L’approche est au drame, dans une perspective humaine des conséquences de l’épidémie mentionnée.

Se déroulant dix ans après l’épidémie, le film ne livre que peu d’éléments sur le passé, pour simplement se concentrer sur cette nouvelle société. Tout est déréglé : une autre forme de société s’est installée, représentée par les deux protagonistes. Leur rencontre et leur récit ressemble à deux formes de société qui se côtoient. Il y a la fatalité du passé qui surplombe le quotidien tel un fantôme, en apprenant à vivre avec (Merrick), et il y a la ré-invention / reconstruction d’une société (Esther). Dans les deux approches, il y a pourtant un point commun : l’attachement et la solidarité envers autrui. Film qui peut se traduire avec un regard politique, traitant (entre les lignes) de cette relation envers les étrangers. Ainsi, la mise en scène agit avec crainte où les corps se tiennent à distance des uns et des autres. Mais la mise en scène crée également une protection pour ces personnages. Toute la mise en scène permet au cinéaste de rester dans l’intimité de ses personnages, de prendre le temps de développer leurs sensations. Tel un tempo lent, qui prend donc le temps de semer les graines de la narration, afin d’aller progressivement vers la complexité de l’ambiance.

Parce que MERRICK emprunte beaucoup au cinéma pop. Par sa photographie, le film utilise à la fois la lumière naturelle pour des instants plus légers, mais rapidement secoués par une photographie composée d’artefacts. Il y a toute la fantasmagorie de la sensorialité : la traduction pure et poétique de la découverte d’un univers, tout en éprouvant la construction d’un imaginaire. Benjamin Diouris montre qu’il est particulièrement attaché à décrire son ambiance par les couleurs et la lumière, à dessiner le ton du film par le montage (s’attacher à décrire un environnement par une graduation du mouvement). MERRICK est donc organisé en deux esthétiques : le réalisme qui, par ses larges cadres, génère l’incertitude et la méfiance ; puis l’expressionnisme du pop fantasmagorique qui, par ses cadres plus resserrés, évoque l’intimité troublée des personnages.

Ce mouvement n’est pas aussi ample que les paysages, ce qui permet donc leur contemplation. Composé de nombreux plans fixes, le film permet d’établir un lien permanent avec les espaces (notamment par le regard). Ces grands espaces forment un seul et même désert, exprimant un sentiment d’absence et de manque. Même dans tous les travellings, il s’y caractérise une forme d’isolement et de détachement. Comme si que la nature, l’environnement social désormais détruit sont autant de fardeaux qui ressemblent à des tombes. Les espaces filmés montrent que le paysage est l’élément dominateur du récit, puisque tout converge vers la hauteur (pour être en sécurité) et pour fuir (et espérer jouer avec l’ampleur des espaces).

MERRICK de Benjamin Diouris
Avec Mickael Etrillard, Marie Colomb, Niseema Theillaud, Affif Ben Badra, Yoli Fuller
France – 90 minutes – 2017


6 août 2017

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