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Mariana

Aux premiers abords, MARIANA ne ressemble pas vraiment à L’ÉTÉ DES POISSONS VOLANTS, sa précédente oeuvre de fiction. La cinéaste semble revenir à la face engagée de son cinéma, qu’elle avait montré avec ses trois documentaires (entre 2001 et 2011). Ce serait presque une manière de revoir, une autre façon de regarder, ses oeuvres documentaires. Parce que MARIANA revient sur la période de Pinochet. Marcela Saïd explore à nouveau l’impact de cette ère sur la société. Sauf qu’ici, la vérité cruelle du documentaire est remplacée par la poésie orchestrée de la fiction.

Marcela Saïd est, en quelque sorte, dans les mêmes pas / le même chemin que Pablo Larrain et que Kleber Mendonça Filho. MARIANA se rapproche beaucoup de EL CLUB de Larrain. Non pas seulement parce que les deux comédien-nes principaux y jouent également (A.Zegers et A.Castro), mais par son ambiance et sa manière d’assaillir des personnages par leur passé, de créer la tourmente par la mention de l’Histoire. De la même façon que Mendonça Filho dans AQUARIUS ou que Larrain avec EL CLUB, l’image crée l’illusion de l’enfermement. Sauf qu’il y a deux images qui se confondent : celle du passé, imaginaire, et celle du présent, lente torture mentale et physique. Parce que la mise en scène de Marcela Saïd est froide, alors l’ambiance et l’image peuvent faire pression sur les corps.

MARIANA, c’est la persistance du mal et d’une blessure collective qui a du mal à cicatriser. Mariana exerce non pas une fascination à proprement parlé sur ce mal, parce qu’il s’agit surtout d’un vent de liberté qui plane. Peu importe que la dictature de Pinochet hante encore les films et les cinéastes, Marcela Saïd s’en sert pour parler de la femme. Car ce n’est moins un film de dénonciation historique, qu’un film d’émancipation féminine. Sauf que cette émancipation doit passer par le défi, par la lutte et donc par l’angoisse. La cinéaste tient là un film qui tend vers la provocation, sans jamais y tomber à pieds joints. Le procès n’est pas celui du colonel (personnage) ou de la dictature de Pinochet (inutile, car déjà fait mainte fois). C’est comme dans EL CLUB de Pablo Larrain et dans AQUARIUS de Kleber Mendonça Filho : l’esthétique oppresse pour dénoncer un fait sociétal. Ici, Marcela Saïd s’attaque au patriarcat.

Ce n’est pas vraiment une femme perdue, plutôt une protagoniste qui cherche à s’affirmer dans un paysage masculin qui impose son image. Dans sa mise en scène, Marcela Saïd place ses comédiens de manière à montrer qu’ils sont les dicteurs de bonne conduite, qu’ils sont les décisionnaires, qu’ils sont (presque) intouchables. Au milieu, navigue cette protagoniste qui considère seulement où le vent l’emporte, où s’ouvrent les chemins. Elle tient à marquer les espaces de son empreinte, tout en s’écartant petit à petit du chemin tout tracé qui lui était destiné. Ainsi, Mariana provoque malgré elle une part d’ombre autour d’elle. La protagoniste brouille les pistes, au milieu de tous ces espaces sauvages. Elle traverse ces espaces, côtoyant le mal, dans lesquels se trouvent la douleur, mais surtout le poison d’un univers entâché. L’illusion est trop belle, car elle finit par se percer pour laisser entrer le sombre dans l’esthétique.

MARIANA de Marcela Saïd
Avec Antonia Zegers, Alfredo Castro, Alejandro Sieveking, Rafael Spregelburd
Pays : Chili, France, Argentine, Portugal
Durée : 94 minutes
Sortie française : 13 Décembre 2017