Love Hunters

10 juillet 2017

Pour son premier long-métrage, Ben Young a choisi de s’inspirer d’un fait divers réel. Même si le film est moderne dans son traitement, son récit est bien au passé. Alors que l’on peut s’attendre à une simple enquête, ou à la détresse permanente de la famille, le cinéaste prend tous les codes à revers. Cela ne l’intéresse pas. LOVE HUNTERS se construit autour d’une angoisse qui a mûri, une angoisse qui s’est dessinée pour explorer toute la complexité de l’événement. Ainsi, LOVE HUNTERS n’est pas tellement un film de kidnapping, pas vraiment non plus un thriller. C’est une romance noire, un thriller domestique traité par la psychologie. Il s’agit de mettre en scène l’abandon d’un être pour l’amour, d’esthétiser le contrôle du corps.

Contrôle du corps d’autrui et psychologie, tout simplement parce que Ben Young n’a aucun intérêt à montrer les crimes perpétués. Nul besoin de cadrer des corps torturés et ensanglantés, seule la suggestion de la répétition des attitudes compte. Les vêtements prennent une place importante dans la mise en scène et l’esthétique. Avec l’idée de la chaleur, le film est construit avec une ambiance de plus en plus suffocante. Les vêtements sont également les métaphores temporelles du film. A base de suggestions, LOVE HUNTERS joue sur le temps en retirant, changeant les vêtements, pour créer l’urgence de la situation.

Parce que le film est construit sous l’angle de la psychologie, alors Ben Young utilise la longue focale pour se rapprocher au plus près de ses personnages. Avec de très nombreux plans serrés, le cinéaste tend à détacher ses personnages principaux (le couple criminel) de toute la vie autour (le pavillon). Avec les plans serrés, Ben Young capte toute la sauvagerie et l’univers personnel de ses personnages. Alors que, quand ils sont à l’extérieur, que Emma Booth se promène ou quand Stephen Curry parle avec d’autres acteurs, les plans plus larges en courte focale sont adoptés. Il s’agit de détacher un univers intime par rapport à l’environnement commun. Cela permet également à Ben Young de « personnifier » l’esprit criminel et d’en dessiner des attitudes reconnaissables (car elles se répètent).

Ainsi, LOVE HUNTERS bénéficie d’une mise en scène assez chorégraphiée : dans ce huis-clos domestique, tout se ressemble tout le temps, car la répétition d’une méthode (par le couple criminel) incite à des va et viens dans chaque pièce. Comme si la répétition des pièces est un cauchemar qui ne s’arrête jamais, que le quotidien est d’ambiance macabre. Chaque pièce est filmée de sorte que les corps contrôlés (l’adolescente et l’épouse) soient prisonniers, que leurs mouvements soient minimalisés. Cette mise en scène s’impose sur les corps, comme s’ils ne pouvaient rien atteindre et qu’ils soient conditionnés à des actions calculées. Mise en scène chorégraphiée aussi parce que les plans serrés permettent à Ben Young de travailler sur le hors-champ. La longue focale permet à l’esthétique de laisser imaginer un surgissement soudain, une rupture radicale. Ces plans serrés sont si personnels, qu’ils suggèrent que le temps peut à la fois s’accélérer ou s’arrêter.

Avec ce huis-clos à la mise en scène chorégraphiée et au montage assez répétitif, Ben Young crée beaucoup de sensibilité. Le réel bouleversement vient du changement de point de vue. En entrant dans le film avec l’adolescente, LOVE HUNTERS installe ses éléments en douceur, avec toute l’innocence dégagée par la jeunesse. Cela évite à Ben Young de créer le malaise d’entrée, pour ses spectateurs. Il peut alors basculer doucement, par la suite, vers un autre regard. Une fois que la tension et que la mise en scène chorégraphié sont bien établis, LOVE HUNTERS relâche légèrement sa noirceur pour alimenter son thriller domestique. De l’innocence vers la noirceur vers le trouble intime. En recentrant son film sur le personnage d’Emma Booth, Ben Young questionne la dépendance via l’amour / la soumission mentale et physique dans un couple. Cependant, il faut reprocher le plan final, qui dénature complètement l’objectif du film. Ce dernier plan oublie la psychologie du thriller domestique, pour faire resurgir le thriller pur. Dommage.

LOVE HUNTERS de Ben Young.
Avec Emma Booth, Stephen Curry, Ashleigh Cummings, Susie Porter, Damian de Montemas, Harrison Gilbertson.
Australie – 1h48 – 12 Juillet 2017

3.5 / 5

10 juillet 2017