Le Stratège

Excellent film sur Billy Beane et sa gestion — révolutionnaire — de l’équipe de baseball d’Oakland au début des années 2000. L’exemple parfait de l’histoire vraie qui se transforme en film brillant, peut-être parce qu’Aaron Sorkin (scénariste de talent, déjà sur La Guerre Selon Charlie Wilson et The Social Network) est de la partie. Mais ce n’est évidemment pas tout : mettez Bennett Miller derrière la caméra (réalisateur de l’excellent Truman Capote) et vous avez déjà la quasi-certitude de tenir un grand film. Le point commun entre Sorkin et Miller, c’est un acteur, et lui aussi est bourré de talent : Philip Seymour Hoffman, qui interprète l’entraîneur un peu dépassé par la gestion de son équipe par Billy Beane.

Beane (« le stratège ») est quant à lui joué par Brad Pitt, un peu en-dessous de ses compétences, pas forcément exploité au mieux par le film, peut-être pour coller à la réalité du vrai personnage. A sa décharge, ce n’est pas vraiment évident d’interpréter au cinéma un homme toujours en vie et surtout toujours en fonction. En tout cas, le résultat est plus que convaincant. Le Stratège s’avère être beaucoup plus qu’un film sur les Oakland Athletics ou sur le baseball ; c’est un témoignage historique sur un bouleversement dans la manière de gérer une équipe sportive.

CRITIQUE DE MG

Passé relativement inaperçu chez nous, LE STRATEGE (MONEYBALL en VO, c’est tout de même un peu plus parlant) n’a pas dépassé les 150000 entrées au box office hexagonale. Malgré le casting plutôt reconnu (Brad Pitt, Jonah Hill, Philip Seymour Hoffman, Robin Wright Penn anyone?), les histoires de baseball n’arrive pas à convaincre. Pourtant ce nouveau long métrage par le réalisateur de TRUMAN CAPOTE est bien loin d’un film sportif, se positionnant plus sur son époque, et sur une révolution industrielle en marche, que l’on apprends à connaître ici. Initialement le projet devait être signé Steven Soderbergh, mais le changement d’équipe artistique ne semble pas avoir nui au résultat final.

Force est d’avouer l’absence de réelles connaissances sur le baseball, sport rapidement illustré en fond des films et séries arrivant de la grande Amérique jusqu’à nous. MONEYBALL revient sur le changement de stratégie initié par un manager au début des années 2000 (donc pas si loin de nous), essayant de changer les choses dans une industrie à castes vieillissante et traditionnelle. Reprenant des théories mathématiques, ce Billy Bean démontrera que ce sport d’équipe peut se créer, au-delà de quelques individualités onéreuses, sur une sélection de bons joueurs, souvent dévalorisés par un ou deux détails. Basé un sport sur des statistiques? Pourquoi pas! Sans avoir la fibre du baseball, ce MONEYBALL est une oeuvre magistrale de plus de deux heures nous embarquant dans une lutte du David contre Goliath sans excès ni à-côtés. 100% focalisé sur son sujet, à partir d’un script brillant co-écrit par Aaron Sorkin (THE WEST WING, SOCIAL NETWORK), MONEYBALL est un film dense et sombre auquel on peut accrocher immédiatement. Une oeuvre racé, au casting impeccable, dont il ne faut pas forcément se méfier à cause d’un sujet trop exotique. Mais c’est sans doute le bon moyen de s’intéresser un peu mieux au baseball, loin des comédies potaches ordinaires…

4.5 / 5