Lady Macbeth (The Young Lady)

Lady Macbeth (The Young Lady)

🕘 16 décembre 2016

Il est (presque) impossible, pour un amoureux du cinéma britannique tel que moi, d’être totalement objectif sur ce type de film. Mais comme tout critique de cinéma, il y a évidemment une part de personnel et d’affect qui joue dans notre avis. Ainsi, je vais essayer, du mieux possible dans cet article, de dire en quoi je trouve LADY MACBETH (« The Young Lady » en version française) est réussi. On pourrait à la fois s’appuyer sur le fait qu’il s’agit d’une production Creative England, d’une production BBC et d’un appui du British Film Institute. Mais ce ne serait pas totalement pertinent. Alors, il est possible de se reposer sur la passion des britanniques pour adapter des œuvres littéraires (qu’elles soient britanniques ou étrangères, ici il s’agit d’un roman russe de Leskov). Et les trois-quarts du temps, c’est réussi.

Mais le plus important ici est qu’il s’agisse d’un period drama (terme britannique pour les films d’époque, mais s’appliquant également aux séries tv, en créant un genre à part entière). En tournant sur un seul lieu, mais en utilisant uniquement huit pièces ainsi que le bois et le jardin environnant, le cinéaste William Oldroyd arrive à créer une seule et même ambiance. Avec peu de détails dans le décor, la lumière est si précise et rigoureuse dans le changement des tons, que l’esthétique arrive à incarner une époque dans chaque mouvement de caméra. Alors que la majorité du découpage est en plans fixes, l’esthétique amorce de multiples tableaux qui arrivent à marier la cruauté, la beauté, la mélancolie et la romance.

L’esthétique est telle qu’elle arrive, à plusieurs reprises, à laisser intervenir de la poésie. Parce que Katherine (interprétée par la jeune talentueuse et magnifique Florence Pugh, qui a gagné un prix pour ce rôle) est représentée comme une figure moderne dans un contexte passé. Avec la caméra et la précision des décors, le film arrive à opposer deux mentalités. Il y a la fraîcheur et la beauté moderne, d’une idée nouvelle (la femme qui se libère elle-même) confrontées à l’austérité et la tension d’une société. Lors de l’interview qu’il nous a gentiment consacré, le cinéaste révélait son admiration pour LA REINE MARGOT de Patrice Chéreau (1994). L’esthétique du film peut reposer sur un point : le fantasme d’une nouvelle ambiance et le mouvement radical des attitudes.

La mise en scène reflète le plus souvent possible ces intentions esthétique. Il faut voir comment les seules huit pièces se répondent entre elles, mais aussi arrivent à se transformer plusieurs fois. Le grand point fort du film est évidemment son casting. Des figures qui s’imposent, des traits physiques qui déterminent en partie les ambiances, puis des corps qui sont souvent dans une lourde épreuve physique. Même si, avec la caméra, il est question parfois d’ajouter un peu d’humour, la mise en scène arrive à garder un cap précis. Dans son élan de rebondir subtilement entre les tons et les ambiances, la mise en scène réussit à explorer une sorte de ballet des corps dans une mélodie tragique. Comme si les esprits se soumettent aux corps, mais tout en gardant un objectif précis qui dicte le comportement.

A travers ces obsessions de chaque personnage, permettant plusieurs confrontations très intéressantes, le film offre un montage qui fonctionne sur trois temps. Il y a celui qui démarre au mariage jusqu’au départ du mari et du beau-père. Le deuxième temps est la liberté lorsque la protagoniste Katherine doit diriger la propriété. Le troisième temps est le retour du mari et d’une surprise le concernant. Néanmoins, ces trois temps différents arrivent à former un ensemble qui est un cycle. L’enchaînement des nombreux plans fixes permet au film de distancier les personnages dans leurs propres tons, tout en pouvant changer d’ambiance à tout instant. Il faut voir comment le premier et le dernier plan se répondent : la solitude de Katherine n’est pas la même, mais durant tout le film, elle plonge dans une sorte d’auto-destruction.

THE YOUNG LADY de William Oldroyd.
Avec Florence Pugh, Cosmo Jarvis, Naomi Ackie, Paul Hilton, Christopher Fairbank, Fleur Houdijk, Golda Rosheuvel, David Kirkbride, Rebecca Manley, Anton Palmer.
Royaume-Uni / 90 minutes / 12 Avril 2017

4.5 / 5

🕘 16 décembre 2016