Kaili Blues, une poésie chinoise sur grand écran

Kaili Blues, une poésie chinoise sur grand écran

Écrit et Réalisé par Gan Bi
Avec Feiyang Luo, Lixun Xie, Yongzhong Chen, Daqing Zhao, Shuai Zeng, Yue Guo, Linyan Liu, Zhuohua Yang
Chine
110 minutes
Sortie le 23 Mars 2016

Chen est médecin dans une petite clinique de Kaili, ville brumeuse et humide de la province subtropicale du Guizhou. Il a perdu sa femme lorsqu’il était en prison pour avoir servi dans les triades. Aujourd’hui, il s’occupe de Weiwei, son neveu, qu’il aimerait adopter. Lorsqu’il apprend que son frère a vendu Weiwei, Chen décide de partir à sa recherche. Sur la route, il traverse un village étrange nommé Dangmai, où le temps n’est plus linéaire. Là, il retrouve des fantômes du passé et aperçoit son futur… Il est difficile de savoir si ce monde est le produit de sa mémoire, ou s’il fait simplement partie du rêve de ce monde.

Dans ce film, il y a la chance de découvrir des personnages bien différents. Mais surtout, ils sont tous autonomes, comme s’ils n’avaient pas besoin d’écriture en amont. Ils permettent de regarder l’environnement avec plusieurs points de vue, tout en gardant l’essentiel d’un univers tout aussi mystérieux que fabuleux. La diversité dans le nombre de personnages renvoit à la diversité des attitudes. Parce que la mission du départ se dilue dans des situations plus naturelles, et donc par conséquent plus captivantes. Parce que le film préfère explorer les comportements des personnages que se concentrer sur des événements, et c’est tant mieux.

La route que prend Chen, est un grand voyage à travers de nombreux et divers paysages. En traversant tous ces territoires, ce n’est pas uniquement un voyage pour le personnage, mais aussi une invitation au personnage. Loin de la simple succession de cartes postales, il s’agit plutôt d’un rêve fragmenté. Avec même des caméras embarquées au sein des automobiles, des motos et des barques, le film tient à créer des moments d’immersion pour le spectateur. Il ne s’agit pas d’un long-métrage qui dresse le portrait pictural d’un pays, mais davantage son idéalisation.

De là en ressort une grande poésie, parce que la lumière est déjà en soi un grand atout du film. Elle met en valeur chaque recoin des espaces présentés, traversés. Cette lumière est celle de la perception : le film ne tient pas à simplement capter des lieux, mais plutôt à leur redonner une esthétique, pour l’offrir au spectateur. C’est alors bien plus que de la contemplation, il s’agit d’un envoûtement où les images sont celles rêvées pour tout spectateur connaissant le Cinéma comme un voyage fantasmé. Ici, la Chine se confond dans le réalisme et l’expressionnisme.

Ce mélange est comme une rivière tranquille : l’eau coule doucement mais surement, tout en gardant sa beauté naturelle du silence de l’avancée. Le cinéaste a voulu cet effet d’avancée tranquille, que ce soit par rapport à lui ou envers le spectateur. Le film fait preuve d’une certaine méditation face aux images : l’esthétique est telle la fluidité de l’intuition, le cinéaste se laisse porter au gré des techniques basiques du Cinéma. Il se laisse porter face aux espaces (puissants car seulement traversés), face à l’imagination (la diversité des personnages), face à la temporalité (les nombreux plans-séquences) et face au montage (modeste et efficace).

Ces espaces, puissants car uniquement traversés, sont comme le fruit du mariage entre le physique et le psychologique : la perte des repères est constante, surtout face à la fragmentation de ces lieux. A partir de là, le cinéaste en tire une sorte d’hallucination des espaces, par sa population mais aussi par son côté imaginaire. Et à coup de baguette magique nommée montage, le long-métrage arrive parfaitement à créer l’illusion de la temporalité. Le temps n’est plus perceptible, il est également fragmenté et éparpillé dans l’imaginaire, aussi bien dans celui des personnages que dans celui du spectateur.

L’expérience est d’autant plus fascinante que le cadre n’est pas qu’une méditation esthétique, mais il est aussi le moyen de saisir le mouvement dans l’instantané. Les personnages vont et viennent, rien n’est figé dans l’espace ni dans le temps. En partie grâce aux plans-séquences, les attitudes sont des plus spontanées et fluides. Il s’agit de mouvements qui, comme la rivière tranquille, glissent naturellement et de façon autonome. A l’écran, les mouvements deviennent un songe ; mais dans les espaces filmés, c’est la fiction et le documentaire qui se mêlent pour créer la vérité la plus stricte.

4.5 / 5

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