Jeune Femme

🕘 30 octobre 2017

On a pu voir dans ses précédents films, que Laetitia Dosch a un côté sauvage et un côté mélancolique, qui se conjuguent à merveille pour explorer une folie corporelle. C’était déjà le cas dans l’intense LA BATAILLE DE SOLFERINO de Justine Triet (2013), mais aussi dans son rôle de mère imposante dans KEEPER (2015), etc. Laetitia Dosch a cette fougue physique à l’intérieur complexe, qui manquait terriblement au cinéma français depuis longtemps. Léonor Serraille arrive à lui donner son meilleur rôle, mais arrive surtout à explorer l’abandon de la comédienne (ou de toute personne jouant un rôle, plus généralement) pour se consacrer pleinement à la sensation spontanée du personnage.

Un jeu de l’instantané, de la pulsion (tel le montage qui crée plusieurs impulsions dans le renouvellement des espaces) où le rapport entre le corps et l’espace est très fort. Laetitia Dosch déambule dans les rues de la ville, essayant de trouver un rattachement, afin d’éviter au maximum l’errance qui la chasse. Les espaces que traversent la protagoniste semblent toujours se refermer sur elle, comme si elle serait dans un labyrinthe où il n’y a aucune issue, obligée de faire demi-tour et se confronter à nouveau à des chemins connus. Le corps de Laetitia Dosch en pleine déambulation, c’est aussi sa façon d’être démunie face à son environnement. En allant d’espace en espace, Léonor Serraille explore comment la jeunesse actuelle lutte face à l’instabilité.

Laetitia Dosch représente tellement bien le désordre, telle une femme-enfant à tendance hystérique. Cet esprit se ressent dans l’esthétique, où tout est fragile, tout le temps. Avec un montage très découpé et de la caméra à l’épaule, Léonor Serraille travaille sur la fatalité aliénante avec un regard fantasque et incendiaire. La caméra suit constamment le détachement de la protagoniste de sa jeunesse, pour l’amener avec difficulté et écorchures vers la vie d’adulte. Tel un récit d’apprentissage, JEUNE FEMME est surtout un conte où une jeunesse démunie se met à se cogner la tête contre une porte, parce qu’elle est confrontée durement à une jungle dont elle n’a rien à offrir (d’où un isolement constant dans le cadre, dans le montage via des flous et des champ / contre-champ).

L’esthétique de JEUNE FEMME propose donc une tentative pour renaître, pour recréer quelque chose de brisé. Léonor Serraille n’invente rien et ré-utilise des codes, mais elle travaille son cadre pour que sa protagoniste puisse se ré-inventer une vie. Le cadre, qui la confronte à la jungle parisienne, accompagne la protagoniste dans sa déambulation pour lui donner une voie. Il y a une dimension très humaine dans cette approche très tendre et amicale de la caméra, même si elle traduit un trouble naissant. Le plus important, est que la forme du film représente l’implosion même de la protagoniste. Ainsi, par la performance remarquable de Laetitia Dosch, JEUNE FEMME est l’image d’une jeunesse qui brûle de l’intérieur et qui court partout, vit dans l’opportunité instantanée, pour retrouver sa dignité.

JEUNE FEMME de Léonor Serraille.
Avec Laetitia Dosch, Grégoire Monsaingeon, Souleymane Seye Ndiaye, Léonie Simaga, Nathalie Richard, Erika Sainte.
France – 1h37 – 1er Novembre 2017

3.5 / 5

🕘 30 octobre 2017