Drive

Drive

Drive est bien la claque annoncée. Une claque visuelle évidemment, avec un réalisateur (Nicolas Winding Refn) en pleine apothéose dans sa sublimation de la ville de Los Angeles qui n’est évidemment pas sans rappeler Michael Mann. Il nous offre un film intemporel, porté par un personnage ultra-charismatique qui n’a pas de nom, très peu de texte, et pourtant une présence qui crève l’écran. Ryan Gosling en chauffeur-cascadeur-vengeur explose tout sur son passage et marque à nouveau le cinéma dans un rôle mémorable.

Relativement stressant sur l’ensemble de sa durée, Drive alterne pourtant entre des scènes calmes, ralenties voire même léchées, et de vrais moments de pure violence sans retenue, sans prévenir. Le spectateur est plongé, transporté, et secoué par le film. Fil conducteur de cette expérience : la musique. Une bande-originale exceptionnelle servie par Cliff Martinez et des compositions électro sublimes et envoutantes qui nous ramènent directement aux années 80 sans aucune impression de décalage. Voilà aussi pourquoi Drive est intemporel : il est sorti de tout contexte. Le look des personnages, les voitures (une Impala croisera une Mustang tandis qu’on apercevra également une Prius) tout est là pour créer un univers propre au film.

Outre Gosling en star, on saluera Bryan Cranston (le héros de la série Breaking Bad), Ron Perlman toujours excellent, ou encore Carey Mulligan tout en retenue mais qui trouve là un rôle bien plus notable que sa prestation dans le décevant Never Let Me Go.

Film coup de poing au scenario simple mais pas simpliste, Drive se classe dans la catégorie des films à part, des pépites que l’on souhaitera volontiers conserver dans une vidéothèque de cinéphile. Pour longtemps.

CRITIQUE DE MG

Refn. Winding Refn. Un auteur reconnu pour ses dérives mystiques et ses choix jusqu’au-boutiste, ayant engendrées une solide filmographie, des Pusher(s) à Bronson, et le dernier en date, Valhalla Rising. Dire qu’on était fanatique du réalisateur était un peu fort, tant ses choix semblaient limiter son audience. Hermétiques donc à sa dramaturgie, force est d’avouer qu’on ne peut rester de marbre face à son débarquement américain, avec Drive, porté par un Ryan Gosling au charisme hallucinant.

Drive, vrai et faux semblant. Vrai film et faux paradoxe, le film étant largement plus simple qu’il n’y parait, mais dégageant une atmosphère insoupçonnable. Ryan Gosling, gamin de l’indépendant (Danny Balint! The United States of Leland!…), y campe un cascadeur peu bavard, féru d’adrénaline sans trembler, conducteur pour malfrats la nuit. Un discret aux sentiments bien trempés, et au calme olympien, jusqu’à ce qu’on touche à sa voisine, charmante petite blonde (Mulligan… arf), mère de famille sympathique. Commence alors un retour de baton moins timide, dans une ville endormie par la nuit.

Drive n’est pas un film de voiture, ou si peu. Un film d’hommes, oui. Refn d’abord, celui qui joue avec son acteur, qu’il soit Gosling ou un autre. Celui de ce « driver » au nom inconnu, personnage aussi inconnu qu’inquiétant, golem tranquille et paisible, renfermant une force et une énergie incommensurable en lui. Comme le film, passif au possible, laissant le spectateur s’imprégner de l’atmosphère de la ville et de l’action. En droite lignée des films noctures (Meurtre d’un Bookmaker Chinois, Mulholland Drive, Collateral, pour si peu..!), Refn nous sert un cocktail de gueules (outre Gosling et Mulligan, Bryan « Breaking Bad » Cranston, Christina « Mad Men » Hendricks, Ron Perlman, Albert Brooks..) pour un concentré d’une violence inouïe, entouré d’une jolie histoire d’amour. Savant manié ces effets, le réalisateur laisse l’histoire se dérouler sans heurts, ne montrant la violence qu’a minima (outre quelques effets gores très succins). Pas besoin d’en faire plus que nécessaire, on a compris.

Au final, Drive séduit par la simplicité de ses moyens, ne cherchant pas à multiplier ses effets. Film baroque, aux effets fluos, Drive brille pour mieux cacher son côté sombre, comme son personnage principal, métamorphe terrible révélant son vraie visage au dernier acte. Loin d’un trop plein, Refn se révèle véritablement alors que son personnage principal est quasi muet. Sensation de l’année, son film nous balance en pleine nuit, au milieu d’un carrefour d’émotions et de violences. Une réussite à applaudir, porté par l’acteur de l’année.

5 / 5

🎙 C'est nouveau et c'est beau : le podcast d'Onlike donne la parole aux artistes et artisans qui font l'actualité de la musique en France et à l'international. Cliquez ici