Dans la forêt

14 février 2017

Pari risqué de vouloir faire un film d’horreur en France, tout en voulant amener le grand public dans la salle. Pourtant, Gilles Marchand a une idée pour y parvenir : rendre ses situations les plus réalistes possibles. Même si le film a quelques références évidentes (on notera des clins d’oeil à Stephen King, à Charles Laughton, à John Boorman pour l’essentiel), le cinéaste ne les pousse pas. Son objectif est d’apporter un récit d’apprentissage pour le spectateur, une aventure en direction de l’horreur. Pour cela, le long-métrage part d’un postulat simple : prendre ses marques dans des sentiers connus (la pédopsychiatre, le départ des enfants, découvrir le lieu de vie et le quotidien du père, …). C’est ensuite, quand les détails sur chaque personnage arrive petit à petit, que le film se tourne doucement vers le dérangement, vers le film de genre. Ainsi, le point de vue de la jeunesse n’est pas adopté par hasard, il apporte une forme d’innocence et de naïveté face aux propositions narratives et esthétiques du long-métrage, pour que le spectateur se perde un peu dans une ambiguïté, tout en le mettant mal à l’aise.

Le doute provient notamment du personnage paternel, interprété par un Jérémie Elkaïm habité. Ce père est constitué d’une folie calme, davantage dans l’inquiétant que dans la recherche du spectaculaire (ce qui serait terrifiant pour un film de genre). Parce que Gilles Marchand ne cherche pas à entrer de plein pied dans les codes du genre, il les contourne rapidement et souvent pour revenir à l’essentiel : les rapports entre le père et ses fils. Même dans son esthétique, il supprime toute métaphore et connotation quant à de possibles twists horrifiques. Certes il y a des instants vraiment angoissants (les apparitions du personnage déformé), mais le film hésite beaucoup à s’y attarder. De ce fait, le cinéaste préfère créer une ambiance anxiogène entre les personnages, qu’un vrai courant horrifique. Même si l’hésitation fonctionne bien dans l’ambiance et le ton, la mise en scène manque terriblement de risques, d’idée – surtout lors des scènes qui se déroulent autour et à l’intérieur de la cabane.

D’autant plus dommage que l’atout essentiel du film réside dans son mélange entre l’horreur et le fantastique. Il y a plusieurs scènes très belles qui égarent le récit en cours, pour se diriger vers une mysticité aérienne. Telles des apparitions qui arrivent à un instant T dans la narration, mais qui pourtant sont floues dans la concrétisation spatiale. Comme si chaque espace du bois se confond, et que l’horizon se supprime au profit d’un manque de lisibilité directe. Le hors-champ compte énormément dans le montage : parce que même si le champ / contre-champ permet de révéler et s’attarder sur des sensations instantanées, le hors-champ les garde intact dans tous les espaces. Le mélange de l’horreur et du fantastique, ici, permet à l’incertitude de se reposer tout de même sur des éléments concrets, sur une peur qui n’est pourtant pas visible – serait-elle l’angoisse du dévouement et de l’impertinence, mettant en cause les relations familiales ?

DANS LA FORÊT de Gilles Marchand.
Avec Jérémie Elkaïm, Timothé Vom Dorp, Théo Van de Voorde, Sophie Quinton, Mika Zimmerman.
France, Suède / 103 minutes / 15 Février 2017

3.5 / 5

14 février 2017