Corniche Kennedy

18 janvier 2017

Davantage une réalisatrice de documentaires, Dominique Cabrera revient ici à la fiction, mais avec une grande part de documentaire. Elle est allée chercher deux jeunes comédiens amateurs, que sont Kamel Kadri et Alain Demaria, pour créer une authenticité et immersion dans l’ambiance relatée. Le long-métrage s’inscrit dans la même volonté que ceux des minots filmés : le défi. Le film, à travers son côté documentaire, défie la fiction (voir les rapports entre le personnage de Lola Créton et les autres personnages). Tout comme les jeunes défient la vie : à travers la gravité (les plongeons) et à travers l’appétit (l’amour, l’argent, …).

Sauf que le film de Dominique Cabrera n’arrive jamais à traduire esthétiquement ce qu’elle insufle dans sa mise en scène. La cinéaste arrive à créer une chorégraphie de corps libres, des physiques perçus tous différemment afin de les confronter individuellement à l’amour du danger. En parallèle, la cinéaste arrive à s’approprier les espaces dans lesquels elle tourne. La Méditerranée n’est pas une abîme, qui est placée sur la terre ferme par une emprise sociale. Alors que l’eau représente cet espace libérateur, une échappée où les corps semblent incessamment aimantés. La mer appelle sans cesse les corps à la rejoindre, à la fois comme une fuite, mais aussi comme le saut vers la liberté.

Alors que dans l’esthétique, l’eau n’est filmée intensément que lorsqu’il y a une angoisse de la part des personnages. La profondeur de l’eau et son immense horizon manquent cruellement à l’idée de l’excès, de libération. Même quand il s’agit de sauter d’un très haut rocher dangereux, la caméra est loin (dans un plan large). Les sensations sont presque nulles, remplacées par l’esthétisme de l’exploit et de l’urgence. Même si l’esthétique réussit à mettre en miroir les deux actions dangereuses du personnage de Kamel Kadri, dans un montage alterné subtil et modeste (les sensations du personnage de Kamel Kadri sont intéressantes lorsqu’il est dans la peau du jeune conducteur).

Le grand problème de l’esthétique, c’est que Dominique Cabrera filme et monte son intrigue progressivement comme un mélodrame à trois. Alors que chaque personnage secondaire est passionnant au début, les autres plongeurs finissent par faire de la figuration et la policière est réduite à un robot qui tente de trouver la pièce manquante du puzzle. Sinon, la romance à trois est assez jolie, dans sa mise en scène silencieuse et tempérée. Sans aucune précipitation, il y a dans ce mélodrame une unité aux liens fragiles. Il n’y a qu’ici que la prise de risque est nulle, et c’est l’agréable contre-point ambitieux du long-métrage.

D’autre part, il faut tout de même noter que la corniche se présente comme un nouvel univers, à part. Tout comme la scène sur le toit avec les fumigènes, les minots créent leur propre monde en s’aventurant hors-champ. Le seul point fort de l’esthétique, serait de voir chaque espace filmé (la voiture conduite par Kamel Kadri, la corniche, la villa du mafieux, le restaurant, le club de natation, …) comme l’habituel hors-champ sur lequel la caméra décide de s’intéresser. Comme si la vie anecdotique quotidienne des luxueuses villas et des quartiers est le nouvel hors-champ, ici représenté métaphoriquement par les attitudes des personnages (ainsi que leur langage respectif). Le film de Dominique Cabrera manque terriblement d’instinct et de fougue dans l’esthétique, pour toutefois s’envoler réellement vers la liberté et l’excès.

CORNICHE KENNEDY de Dominique Cabrera.
Avec Lola Créton, Kamel Kadri, Alain Demaria, Aïssa Maïga, Moussa Maaskri, Hamza Baggour, Mama Bouras, Cyril Brunnet, Franck Cavanna.
France / 94 minutes / sortie le 18 Janvier 2017

2.5 / 5

18 janvier 2017