9 mois ferme

Difficile d’oublier le premier long-métrage réalisé par Albert Dupontel. Bernie a conquis le public par le simple fait d’être de ces comédies françaises qui ne font pas comme les autres. Pas de blagues écrites à l’avance, pas d’acteurs qui se dépassent. Le minimum conventionnel n’est pas dans les plans d’Albert Dupontel. Il ne s’offre aucune limite. La violence, le trash (poussés à l’extrême) de Bernie raisonnent encore chez Albert Dupontel. A tel point qu’on retrouve ces éléments dans 9 Mois Ferme. Avec 9 Mois Ferme, Bernie a bien grandi. Même si le personnage incarné par Albert Dupontel n’est pas littérallement Bernie, sa personnalité et ses attitudes font écho dans le personnage Bob. Bernie est toujours aussi violent et pas très intelligent. Mais il est moins fantasque et moins trash, plus réaliste et plus intelligent. Il a enfin pris conscience de la vie autour de lui. Et c’est ce côté plus réaliste et moins fantasque, qui déplaira surement à certains, qui fait le charme du personnage d’Albert Dupontel.

On peut dire que le réalisateur français donne un bon coup de pied au cul à la comédie française. Si les Fabien Onteniente (Camping), Alain Chabat (RRRrrr!!!), et autres de ce type, pouvaient en prendre de la graine, le Cinéma français se porteraient mieux. Car Albert Dupontel ne veut pas faire rire pour faire rire. Il fait rire pour parler. Le cinéaste se met une nouvelle fois en scène dans l’un de ses films. Et ceci afin de mieux faire comprendre ce qu’il pense. Il joue ici un gars en marge de la société, un exclu pour être suspecté d’un meurtre. Et quand on voit la manière dont il filme le palais de justice (les personnalités pas si sérieuses que ça, la fête déjantée, des symboles détériorés, …) : on se dit qu’Albert Dupontel dénonce notre société française.

De plus, le pitch est simple : un suspect dans une affaire de meurtre qui met en cloque une juge célibataire. Albert Dupontel ne prend pas les difficultés au sérieux. Au contraire, il préfère en rire. De ce fait, il tourne tout en dérision. Il suffit de noter les détails du meurtre dont son personnage est suspecté (manger un oeil après avoir tuer la victime). C’est là qu’on retrouve l’humour noir et le burlesque de Bernie. Quand Albert Dupontel filme les informations, quand il filme ses deux personnages principaux s’envoyer en l’air dans la rue, quand il filme la première rencontre des personnages dans le bureau de la juge : à ces moments (et beaucoup d’autres), Albert Dupontel nous fait avant tout rire des personnages. Il se sert de ses personnages pas si ordinaires, assez loufoques, pour rire du reste.

C’est cet amour pour ses personnages qu’Albert Dupontel nous transmet ici. Car le burlesque et l’humour noir du film viennent avant tout des personnages. Sandrine Kiberlain qu’on aurait eu du mal à voir dans une comédie il y a quelques années, est à la fois drôle et tendre. Tout comme Albert Dupontel. Les deux protagonistes sont tellement différents dans la personnalité, mais au fond ils ont les même intentions. La complicité qui s’installe entre les deux personnages/acteurs, et leur liberté évidente dans le jeu (la spontanéité est flagrante), font de ce film un petit bijou de dérision. Albert Dupontel se lâche totalement, et le burlesque se confondra avec la poésie de la tendre complicité.

Et heureusement que le film mise en priorité sur son burlesque et sur ses personnages attachants. Car la narration ne tient qu’à un fil. Même si ce fil ne cassera jamais, le film fonctionne sur une progression rythmique. Le film peut tout de même être hilarant à certains moments, mais l’intrigue souffre d’une avancée assez lente. Albert Dupontel préfère faire avancer son histoire petit à petit, ne pas tout lâcher d’un coup. Du coup, il se lâche dans le burlesque, mais il fait preuve de retenue dans la narration. A tel point que le film tourne quelques fois en rond. Certaines scènes sont véritablement moyennes, sans parler du dénouement qui mise sur l’émotion facile.

Mais Albert Dupontel sait ce qu’il fait. Même s’il a décidé de raconter son histoire simplement, nous ne sommes pas dans les répliques molassones. Albert Dupontel a la plume intelligente, et peut compter sur son sens de la créativité. Tout comme dans sa réalisation. Le cadre penché peut en déranger plus d’un. Mais le film est à un tel point de burlesque et d’humour, que des plans droits seraient contradictoire. Ici, Albert Dupontel met en harmonie sa mise en scène et sa réalisation. Là où les acteurs sont en roue libre dans ce burlesque, la caméra d’Albert Dupontel y est soumise. Le cinéaste sait que son film repose sur ses personnages. C’est bien pour cela que sa caméra va les chercher.

A partir de là, le film et l’histoire se construisent autour des personnages. La folie du film n’est pas que dans le fond. On notera certaines scènes à découpage rapide, surtout lors des scènes où Albert Dupontel est seul avec Sandrine Kiberlain. Cette méthode au montage permet à Albert Dupontel d’être sur les deux personnages à la fois. Il ne veut pas perdre un seul moment de ses personnages; Et quand il s’agit d’avoir d’autres personnages dans le plan, Albert Dupontel privilégie la longueur des plans. Ce film est donc un parfait mixe entre tendresse et burlesque.

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PUBLIÉ LE 29.08.2013, PAR :

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